Quand un “like” sur LinkedIn devient une question juridique majeure
Dans l’univers des batailles judiciaires impliquant des personnalités ultra-médiatisées, les prétextes peuvent parfois sembler futiles. Pourtant, cette semaine, les avocats d’Elon Musk ont déposé une requête en récusation d’une importance stratégique, non pas fondée sur un argued de droit complexe, mais sur une simple interaction sur le réseau professionnel LinkedIn : un “like”, ou plus précisément, une réaction avec un cœur, attribuée à la juge Kathaleen McCormick, chancelière de la Cour de la Chancellerie du Delaware.
La demande vise à écarter la magistrate de deux procès distincts concernant Tesla. Dans leur motion, les avocats de M. Musk invoquent la nécessité d’« éviter toute apparence de partialité » (avoid any appearance of bias). Leur argument repose sur une capture d’écran montrant le compte LinkedIn de la juge ayant réagi à une publication célébrant un verdict fédéral défavorable à Musk dans l’affaire de son acquisition de Twitter (maintenant X).
Le contenu polémique de la publication
La publication en question, publiée par un avocat, faisait référence au verdict d’un jury de San Francisco qui a condamné Elon Musk à verser des dommages-intérêts aux investisseurs de Twitter. Le jury a estimé que Musk avait fraudé les investisseurs par ses déclarations publiques sur le taux de faux comptes (“spam”) au printemps 2022, alors qu’il tentait de se défaire de son accord d’acquisition. Les dégâts potentiels dans cette affaire sont colossaux, s’élevant à environ 2,6 milliards de dollars.
L’équipe juridique de Musk qualifie le ton du message d’« incendiaire ». Elle cite des passages où l’auteur ordonne à Musk et à ses avocats du cabinet Quinn Emanuel d’avoir « profondément honte », se moque du verdict « de plusieurs milliards de dollars » et popularise une vision manichéenne de la justice : « le petit gars » l’emporte sur « l’homme le plus riche du monde ».
La défense de la juge et le doute sur l’intention
Kathaleen McCormick a réagi promptement. Dans un document déposé au tribunal, elle a expliqué que la réaction en cœur était potentiellement accidentelle, affirmant qu’elle « n’a pas du tout cliqué sur l’icône » et avait signalé une « activité suspecte » à LinkedIn, conduisant au blocage de son compte. Elle a également précisé n’avoir pas lu le contenu intégral du message, se basant uniquement sur le texte visible dans la capture d’écran qui lui avait été transmise.
Cette explication technique, bien que plausible, n’a pas convaincu l’équipe de Musk. Pour eux, le simple fait qu’un compte officiel et vérifié associé à la juge ait interagi avec un contenu aussi partiale, même par erreur, crée une « apparence de partialité » suffisante pour justifier son retrait, surtout dans des affaires où les intérêts en jeu sont astronomiques.
Pourquoi cette demande est-elle si significative ? Le contexte des relations Musk-Delaware
Cette requête s’inscrit dans un contexte de conflit récurrent entre Elon Musk et le système judiciaire du Delaware, État traditionnellement favorable aux entreprises et siège de la majorité des sociétés du Fortune 500, dont Tesla était incorporée jusqu’en 2024.
- Un historique tendu : La juge McCormick a présidé plusieurs dossiers sensibles impliquant Musk et Tesla. Son plus célèbre ruling, en début d’année 2024, a annulé le package de rémunération colossal de Musk chez Tesla, estimé à plus de 55 milliards de dollars. Si cette décision a ensuite été suspendue en appel, elle a marqué un coup d’arrêt majeur.
- Le “Délaware exode” : Furieux de ces décisions et de l’environnement judiciaire perçu comme hostile, Musk a ordonné le déménagement du siège social de SpaceX et, plus symboliquement, a publiquement conseillé aux entreprises de quitter le Delaware. « Si votre entreprise est toujours constituée dans le Delaware, je vous recommande de déménager dans un autre État dès que possible », a-t-il écrit sur X (anciennement Twitter) en février 2024.
- Une juge assignée à des dossiers “chauds” : Malgré le déménagement de Tesla au Texas, la Cour de la Chancellerie du Delaware conserve juridiction sur plusieurs litiges anciens liés à la période où l’entreprise y était incorporée. McCormick reste donc une figure centrale dans les contentieux postérieurs à la fuite du Delaware.
Enjeux au-delà de l’emoji : impartialité perçue et réputation des juges
Cette affaire dépasse largement le cas particulier d’un “like” malencontreux. Elle soulève des questions fondamentales sur la frontière entre la vie privée numérique des magistrats et l’exigence d’objectivité absolue dans les affaires très médiatisées. Les règles de déontologie judiciaire sont claires : un juge doit éviter toute situation pouvant raisonnablement donner l’impression d’un parti-pris.
Pour les experts en déontologie judiciaire, la réaction d’un compte LinkedIn officiel, même accidentelle, pose problème. « L’app
