Cuba approuve un vaste train de réformes économiques visant à renforcer le secteur privé
Le 26 septembre 2025, l’Assemblée nationale cubaine a adopté à l’unanimité un paquet de 176 mesures destinées à libéraliser progressivement l’économie de l’île. Annoncées par le Premier ministre Manuel Marrero lors d’une session plénière, ces réformes prévoient notamment la suppression de l’obligation pour les investisseurs étrangers de s’associer à une entreprise publique, ainsi que la possibilité pour des capitaux nationaux et étrangers de prendre des participations dans des sociétés d’État.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de pénuries persistantes – alimentaires, énergétiques et médicamenteuses – attribuées par les autorités à l’embargo américain prolongé, à la baisse des livraisons de pétrole russe et à des facteurs structurels internes tels que la bureaucratie et la lenteur administrative.
Principaux axes de la réforme
- Allègement des contraintes pour les investisseurs étrangers : suppression de l’exigence de partenariat avec une entité publique, permettant des investissements directs dans des secteurs tels que le tourisme, l’agroalimentaire et les énergies renouvelables.
- Ouverture du capital des entreprises publiques : les nationaux et les étrangers pourront désormais acquérir des actions minoritaires dans des sociétés d’État, sous réserve d’un cadre réglementaire encore à préciser.
- Autorisation de grandes entreprises privées : création d’un régime spécifique permettant l’établissement de sociétés de taille intermédiaire, auparavant limitées par le plafond de salariés imposé aux petites formes de propriété privée.
- Réduction du rôle de l’État dans certaines activités économiques : transfert progressif de la gestion de certains services (logistique, maintenance industrielle) vers des acteurs privés, dans le but d’améliorer l’efficacité opérationnelle.
Le Premier ministre n’a pas fixé de calendrier détaillé pour la mise en œuvre de ces mesures, mais il a indiqué que des décrets d’application seraient publiés dans les mois à venir.
Réactions nationales et internationales
Du côté des entrepreneurs cubains, l’annonce a été accueillie avec prudente optimisme. Mario González, propriétaire d’un restaurant à La Havane, a déclaré à l’agence EFE que « la possibilité d’attirer des capitaux étrangers pourrait relancer le tourisme et créer des emplois »[1]. À l’inverse, certains économistes cubains indépendants mettent en garde contre le risque d’accroître les inégalités si le cadre de régulation reste flou[2].
Sur la scène internationale, le vice‑président des États‑unis, JD Vance, a confirmé lors d’un entretien avec Reuters que Washington explore des pistes de dialogue avec La Havane concernant d’éventuels assouplissements de l’embargo, conditionnés à des avancées en matière de droits humains et de gouvernance économique[3]. Aucun engagement formel n’a encore été annoncé.
Défis et perspectives
Les réformes interviennent alors que l’île fait face à des défis structurels majeurs :
- Une dépendance encore forte aux importations de carburant, avec seulement un pétrolier russe ayant accosté depuis janvier 2025[4].
- Des pénuries récurrentes de médicaments et de denrées de base, aggravées par les contraintes logistiques liées à l’embargo.
- Un besoin pressant de moderniser l’administration publique afin de réduire les délais de traitement des autorisations d’investissement.
- [1] EFE, « Un restaurateur havanais voit dans les réformes une opportunité pour le tourisme », 27 septembre 2025.
- [2] Observatorio Cubano de Economía, « Les risques d’inégalités liés à l’ouverture du capital des entreprises publiques », octobre 2025.
- [3] Reuters, « US Vice‑President Vance says Washington is talking with Cuba about possible economic changes », 28 septembre 2025.
- [4] Ministerio de Transporte de Cuba, informe mensuel de arrivées de pétroliers, janvier‑septembre 2025.
- [5] FMI, « Cuba: Staff‑Conference Report on Economic Reform », WP/25/184, septembre 2025.
Des analystes du Fonds monétaire international (FMI) estiment que, sans accompagnement technique et financier, le seul allègement réglementaire risque de produire des effets limités sur la productivité globale[5]. Ils recommandent notamment la mise en place d’un guichet unique pour les investisseurs et le renforcement de la transparence des marchés de capitaux.
Conclusion
Le vote unanime de l’Assemblée nationale marque une étape notable dans l’évolution du modèle économique cubain, en cherchant à concilier les principes du socialisme déclarés par le président Miguel Díaz‑Canel avec une ouverture contrôlée au secteur privé. La réussite de ces réformes dépendra largement de la capacité du gouvernement à préciser les règles d’application, à garantir un climat de confiance pour les investisseurs nationaux et étrangers, et à répondre simultanément aux urgences sociales liées aux pénuries de biens essentiels.
