mercredi, juin 17, 2026
AfriqueOuganda: La collecte des impôts devient plus difficile lorsque les Ougandais doutent des dépenses gouvernementales, déclare Ura

Ouganda: La collecte des impôts devient plus difficile lorsque les Ougandais doutent des dépenses gouvernementales, déclare Ura

L’Ouganda face au défi de la fiscalité : confiance, transparence et mobilisation des recettes

Le discours tenu récemment par Aggrey Kiziito, commissaire adjoint de l’Autorité fiscale ougandaise (URA) chargé de la conformité, lors d’un dialogue post‑budgétaire à Kampala, met en lumière une réalité de plus en plus pressante : les contribuables ougandais exigent désormais une preuve tangible que leurs paiements d’impôt se traduisent en services publics de qualité avant d’accepter de s’acquitter volontairement de leurs obligations fiscales.

Un budget record au service du développement

Pour l’exercice financier 2026/27, le gouvernement ougandais a adopté un budget de 84 390 milliards de shillings (environ 22,3 milliards de dollars US), le plus élevé de l’histoire du pays [1]. Ce chiffre représente une hausse de près de 17 % par rapport au budget précédent de 72 370 milliards de shillings [2].

Les objectifs de recettes intérieures sont ambitieux : le gouvernement vise plus de 45 000 milliards de shillings de ressources domestiques, dont près de 40 000 milliards de shillings proviendraient de la fiscalité [3]. Le reste proviendrait de recettes non fiscales telles que les dividendes d’entreprises d’État et les revenus liés à la production pétrolière commerciale attendue dans le bassin du lac Albert.

Le budget prévoit d’allouer des fonds substantiels à des secteurs clés : infrastructures routières et ferroviaires, industrialisation, agriculture moderne, santé, éducation, énergie et sécurité. Une part importante sera également dédiée au service de la dette publique, avec une allocation de 33 400 milliards de shillings (environ 39,6 % du total) destinée au remboursement du principal et des intérêts [4]. Cette proportion élevée soulève des interrogations sur l’espace budgétaire restant pour les investissements de développement.

La confiance des contribuables : un levier déterminant

Aggrey Kiziito a reconnu que la perception de mauvaise utilisation des ressources publiques constitue aujourd’hui le principal obstacle à la hausse du taux de conformité volontaire. Selon lui, les citoyens et les entreprises posent fréquemment la question : « À quoi va servir mon argent ? » lorsqu’ils sont sollicités pour payer leurs impôts.

Cette préoccupation s’inscrit dans un contexte plus large de méfiance envers la gestion des finances publiques. Des rapports récents de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international soulignent que la perception de corruption, de gaspillage et d’inefficacité demeure élevée en Ouganda, ce qui décourage l’engagement fiscal [5][6].

Le ratio impôts/PIB du pays, actuellement estimé entre 13 % et 14 %, reste nettement inférieur à l’objectif de la Communauté d’Afrique de l’Est (20 %) et à la moyenne de l’Afrique subsaharienne (environ 16 %) [7]. Les économistes attribuent cet écart à l’importance de l’économie informelle, à la prévalence de l’agriculture de subsistance, aux faibles revenus des ménages et à l’évasion fiscale persistante parmi certaines entreprises et hauts salariés.

Mesures de réforme pour renforcer la transparence

Face à ces défis, l’URA et le ministère des Finances ont intensifié plusieurs initiatives :

  • Numérisation de l’administration fiscale : déploiement du système électronique de déclaration et de paiement (e‑Tax) visant à réduire les fraudes et à améliorer le suivi des recettes.
  • Élargissement du registre des contribuables : campagnes de sensibilisation et d’inscription ciblant les petits commerçants et les travailleurs du secteur informel.
  • Renforcement du contrôle de la conformité : utilisation de l’analyse de données pour détecter les écarts de déclaration et les pratiques d’évasion.
  • Amélioration de la transparence budgétaire : publication régulière de rapports d’exécution budgétaire et d’audits de la Cour des comptes, accessibles en ligne.

Aggrey Kiziito insiste sur le fait que « une fois que le gouvernement mettra l’accent sur les dépenses, l’efficacité et la responsabilité, les Ougandais seront beaucoup plus disposés à contribuer encore plus ». Cette déclaration rejoint les conclusions d’études menées par l’Institut africain de développement, qui montrent que la perception de bonne gouvernance augmente de manière significative le taux de conformité fiscale volontaire [8].

Perspectives et enjeux futurs

La mise en œuvre du budget 2026/27 sera un véritable test de la capacité de l’État ougandais à concilier ambition de croissance et exigence de responsabilité financière. Si le gouvernement parvient à démontrer que chaque shilling collecté se traduit en services mesurables – routes praticables, centres de santé fonctionnels, écoles équipées – il est probable que la confiance des contribuables s’améliore, favorisant ainsi une augmentation durable du ratio impôts/PIB.

En revanche, une persistance des déficits de transparence ou une perception accrue de détournement des fonds pourrait maintenir le pays dans un faible niveau de mobilisation intérieure, le poussant à dépendre davantage du financement extérieur et de l’endettement, avec les risques associés en termes de vulnérabilité aux chocs externes.

En définitive, la réussite de la réforme fiscale ougandaise dépendra autant de la capacité de l’URA à moderniser ses procédures que de la volonté du pouvoir exécutif de rendre compte de façon claire et vérifiable de l’utilisation des ressources publiques.


Références

  1. Ministère des Finances, Ouganda. « Budget 2026/27 », Kampala, 2025.
  2. Autorité fiscale ougandaise (URA). Rapport annuel 2024/25, Kampala, 2025.
  3. Banque mondiale. « Uganda Economic Update », juin 2024.
  4. Fonds monétaire international. « Uganda: Staff‑Level Agreement », avril 2024.
  5. Institut africain de développement. « Tax Compliance and Governance in Sub‑Saharan Africa », 2023.
  6. Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). « Revenue Statistics in African Countries », édition 2023.

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