Passation de pouvoirs au ministère ougandais des Finances : Matia Kasaija laisse la place à Henry Musasizi
Le 3 avril 2025, la politicienne ougandaise Matia Kasaija a officiellement cédé la direction du ministère des Finances, de la Planification et du Développement économique après quinze ans à la tête de ce département stratégique. Cette transition marque la fin d’un mandat qui a coïncidé avec plusieurs phases clés de l’économie nationale : périodes de croissance soutenue, réformes structurelles, crise sanitaire liée à la COVID‑19 et préparatifs en vue de l’exploitation commerciale du pétrole.
Parcours et héritage de Matia Kasaija
Entrée en fonction en 2010, Mme Kasaija a supervisé l’élaboration et l’exécution des budgets nationaux, ainsi que la mise en œuvre de la politique budgétaire ougandaise. Sous son leadership, le ministère a piloté d’importants investissements dans les infrastructures routières et énergétiques, tout en veillant à la stabilité macroéconomique face aux chocs externes tels que la fluctuation des prix des matières premières.
Selon le Rapport annuel 2024 de la Banque mondiale, l’Ouganda a maintenu une croissance moyenne du PIB de 4,8 % entre 2015 et 2019, puis a connu une contraction de 1,4 % en 2020 avant de rebondir à 3,9 % en 2021 grâce aux mesures de relance budgétaire mises en place sous sa direction [1]. Ses collègues soulignent régulièrement son approche collaborative et son engagement envers le mentorat de jeunes technocrates, ce qui a permis de constituer une relève compétente au sein du ministère.
Nomination de Henry Musasizi : continuité et nouveaux défis
Henry Musasizi, auparavant ministre d’État chargé des fonctions générales au même ministère, a été nommé pour succéder à Mme Kasaija. Lors de la cérémonie de passation, il a déclaré que sa mission première serait de « maintenir la stabilité macroéconomique, renforcer la gestion des finances publiques et piloter le programme de transformation économique du pays dans un environnement mondial de plus en plus complexe ».
Le nouveau ministre hérite d’un budget ambitieux pour l’exercice 2026/27, fixé à 84,39 billions de shillings ougandais (environ 22,3 milliards de dollars américains) selon le communiqué du Ministère des Finances publié le 12 mars 2025 [2]. Ce budget prévoit notamment :
- l’accélération de l’industrialisation grâce à des incitations fiscales pour les zones économiques spéciales;
- l’accroissement de la mobilisation des revenus intérieurs via la modernisation de l’administration fiscale;
- la préparation à l’exploitation commerciale du pétrole, attendue pour générer des recettes supplémentaires estimées à 1,2 milliard de dollars annuellement d’ici 2030 [3].
Autres nominations au sein du ministère
La même cérémonie a vu l’entrée en fonction de deux nouvelles ministres d’État :
- Amina Mukalazi, chargée de la privatisation et de l’investissement, qui a exprimé son intention d’attirer des investissements de qualité et de renforcer le climat des affaires;
- Cissy Mulondo, chargée des fonctions générales, qui assurera la coordination quotidienne des services administratifs.
Amos Lugoloobi conserve, quant à lui, son poste de ministre d’État chargé de la Planification, poursuivant ainsi son rôle dans l’élaboration du cadre national de développement.
Perspectives économiques et défis à relever
L’Ouganda fait face à plusieurs enjeux qui détermineront le succès de la nouvelle équipe dirigeante :
- La gestion de la dette publique, qui, d’après le Fonds monétaire international, représentait 42 % du PIB en fin 2024, nécessitant une stratégie de soutenabilité à moyen terme [4];
- La diversification de l’économie afin de réduire la dépendance à l’agriculture, qui emploie encore près de 70 % de la population active;
- L’amélioration de la gouvernance financière et de la transparence, des points régulièrement soulignés par les rapports du Bureau du vérificateur général ougandais.
En dépit de ces défis, la continuité apportée par l’expérience de Mme Kasaija et l’engagement affirmé de M. Musasizi offrent une base solide pour poursuivre les réformes engagées et saisir les opportunités liées aux réserves pétrolières récemment découvertes dans le bassin du lac Albert.
Conclusion
La passation de pouvoir au ministère des Finances ougandais illustre un moment clé dans la trajectoire de développement du pays. En combinant le legs d’une dirigeante chevronnée avec les priorités d’une nouvelle équipe axée sur la stabilité macroéconomique et l’industrialisation, l’Ouganda se positionne pour affronter les incertitudes globales tout en poursuivant ses ambitions de croissance à long terme.
[1] Banque mondiale, « Uganda Economic Update, April 2024 ».
[2] Ministère des Finances de l’Ouganda, communiqué de presse, 12 mars 2025.
[3] Uganda Petroleum Authority, « Projected Oil Revenues 2025‑2035 », janvier 2025.
[4] Fonds monétaire international, « Uganda: Staff‑Level Agreement », novembre 2024.
