mercredi, juin 17, 2026
AfriqueNamibie: Les agriculteurs du Zambèze veulent que l'armée soit encordée... alors que les tourments des voleurs persistent

Namibie: Les agriculteurs du Zambèze veulent que l’armée soit encordée… alors que les tourments des voleurs persistent

La crise du vol de bétail à la frontière namibio‑zambienne : appel à l’action

Dans la région du Zambezi, en Namibie, les agriculteurs le long de la frontière poreuse Liselo‑Kamenga vivent dans la crainte quotidienne d’attaques menées par des voleurs de bétail lourdement armés. Selon l’Association anti‑vol de stock Liselo‑Kamenga (LIKASTA), plus de 3 000 têtes de bétail auraient disparu depuis 2019, représentant une perte estimée à plus de 20 millions de dollars namibiens.

Témoignages des acteurs locaux

Lovemore Litabula, membre du comité de direction de LIKASTA, a décrit la situation comme « très grave et dangereuse » lors d’un entretien avec le journal New Era cette semaine. Il a précisé que les vols sont désormais signalés presque quotidiennement, avec au moins 140 têtes de bétail dérobées entre avril et mai uniquement dans les cas rapportés à l’association.

« Nous ne pouvons pas dormir. Même si le bétail n’est pas volé ce jour‑là, nous recevons des informations selon lesquelles des voleurs surveillent les postes de bétail à proximité », a déclaré Litabula. Il a ajouté que les criminels se déplacent souvent en groupes de trois à six personnes, armés de fusils, et traversent librement la frontière entre la Namibie et la Zambie.

Impact économique et social

La perte du bétail affecte directement les moyens de subsistance de nombreuses familles, notamment des retraités qui dépendent entièrement de l’élevage pour leur survie. Litabula a souligné que « c’est notre vie. Le bétail fait vivre nos vies ». Malgré les efforts des agriculteurs pour récupérer leurs animaux, seulement 81 bovins ont été retrouvés après des poursuites en territoire zambien, dont une récupération notable de 66 têtes interceptées avant qu’elles ne soient conduites plus loin.

Le risque physique est réel : Litabula a raconté avoir été la cible de tirs lorsqu’il a tenté de suivre des voleurs l’année dernière, perdant alors 14 bovins. De nombreux agriculteurs décrivent un climat de peur permanente, où la simple présence de suspects armés suffit à les empêcher de travailler leurs champs en toute sérénité.

Réponses des autorités et pistes de solution

Face à l’escalade, LIKASTA a organisé une manifestation pacifique le mois dernier et remis une pétition à la gouverneure du Zambezi, Dorothy Kabula, demandant notamment le déploiement de la Force de défense namibienne (NDF) le long de la frontière. La gouverneure a reconnu la nécessité d’une meilleure surveillance, de la construction de clôtures frontalières et de patrouilles conjointes entre les forces de sécurité namibiennes et zambiennes.

Cependant, les agriculteurs dénoncent l’inefficacité actuelle des mesures prises. Litabula a indiqué que l’association a écrit à l’Inspecteur général de la police et même au Parlement, mais que peu de changements concrets ont été observés sur le terrain. De plus, la législation namibienne empêche les policiers de poursuivre les suspects armés en territoire zambien, alors que les voleurs eux-mêmes opèrent avec des fusils sans restriction.

Pour améliorer la situation, plusieurs experts en sécurité frontalière proposent :

  • La mise en place de postes de contrôle mixtes namibio‑zambiens équipés de moyens de communication rapides.
  • Le renforcement des capacités de renseignement afin d’anticiper les déplacements des groupes armés.
  • Un programme d’indemnisation ou de soutien financier pour les agriculteurs victimes de vols, afin de réduire leur vulnérabilité économique.
  • La sensibilisation des communautés locales aux bonnes pratiques de surveillance et de signalement précoce.

En attendant que ces recommandations soient traduites en actions concrètes, les agriculteurs de Liselo‑Kamenga continuent de risquer leur vie pour protéger leur bétail, témoignant d’une résilience face à une menace qui demeure, à ce jour, largement incontrôlée.

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