Les ERP nouvelle génération à l’épreuve de la gestion des stocks physiques
Les systèmes de planification des ressources d’entreprise (ERP) sont souvent considérés comme le « système nerveux central » d’une organisation. Leur promesse est d’unifier les données financières, humaines et logistiques dans une base de données unique, brisant les silos départementaux. Pourtant, les solutions historiques comme NetSuite ou SAP sont fréquemment critiquées pour leur complexité, leur coût élevé et des implémentations qui peuvent s’étendre sur plusieurs années.
Face à ces limites, une vague de startups promettant des ERP « natifs de l’IA » a émergé. Des entreprises comme Rillet et Campfire visent à remplacer les géants établis avec des interfaces plus modernes et des processus automatisés. Cependant, un défi de taille persiste pour nombre de ces nouvelles offres : la gestion robuste et intégrée des stocks physiques, ce maillon essentiel qui relie les produits en entrepôt au grand livre comptable.
Doss : Une couche d’inventory management pilotée par l’IA
C’est sur ce point précis que la startup Doss, fondée en 2023, a choisi de se positionner. Son approche n’est pas de construire un ERP complet en concurrence directe avec Rillet ou Campfire, mais de fournir une couche de gestion des stocks et de la chaîne d’approvisionnement native de l’IA qui s’intègre aux systèmes comptables existants. Que le client utilise un ERP traditionnel ou une solution financière moderne, Doss assure la synchronisation en temps réel entre les mouvements de marchandises et les écritures comptables.
« La plupart des ERP natifs de l’IA excellent sur la comptabilité client, les fournisseurs et la trésorerie, mais la gestion des achats et des stocks physiques, surtout lorsqu’elle doit être liée aux flux financiers, reste un angle mort », explique Wiley Jones, co-fondateur et PDG de Doss, dans un entretien avec TechCrunch. Sa société mise donc sur une spécialisation stratégique : « Nous développons une grande partie de la traçabilité de la chaîne d’approvisionnement, mais dans l’optique de nous connecter à un partenaire financier et comptable. »
Cette stratégie de partenariat plutôt que de confrontation directe semble porter ses fruits. Doss collabore notamment avec Intuit, l’éditeur de QuickBooks, et avec des startups ERP comme Rillet. « La raison pour laquelle ils travaillent avec nous est que [la gestion des stocks physiques] n’est pas quelque chose qu’ils vont probablement construire comme compétence de base sans y consacrer beaucoup d’énergie et d’efforts », souligne Jones.
Un financement solide et une clientèle cible précise
La pertinence de ce modèle a été confirmée mardi par une levée de fonds de 55 millions de dollars en série B. Ce tour de table a été codirigé par les fonds Madrona et Premji Invest, avec la participation notable d’Intuit. Parmi les autres investisseurs figurent Theory Ventures, General Catalyst, Contrary Capital et Greyhound Capital.
Doss cible principalement les marques grand public de taille moyenne, générant généralement un chiffre d’affaires annuel compris entre 20 et 250 millions de dollars. Ces entreprises ont dépassé les capacités des tableurs mais ne justifient pas encore l’investissement colossal requis par un ERP traditionnel. Un client emblématique est Verve Coffee Roasters, une torréfaction de café de spécialité qui doit gérer avec précision ses stocks de grains et ses coûts associés.
Un marché en recomposition : duel d’architectures
Si Doss se considère en concurrence avec les ERP historiques, la réalité du marché est plus nuancée. Les géants comme Oracle NetSuite réagissent en intégrant themselves des fonctionnalités IA à leurs offres existantes. Parallèlement, Doss fait face à d’autres startups de la supply chain comme Didero.
Jones reconnaît que vendre un système complémentaire (un ERP financier + une solution de stocks) « est une vente difficile ». Il parie cependant sur une évolution structurelle : « Je pense que ce sera un combat très intense au sein du marché intermédiaire qui sera finalement déterminé par celui qui reconstruira son architecture pour qu’elle soit la plus lisible et la plus utilisable pour les agents. » L’enjeu est de créer des écosystèmes où des modules spécialisés, comme celui de Doss, peuvent s’articuler de manière fluide avec un cœur financier, le tout orchestré par des intelligences artificielles.
Cette vision place Doss non pas en remplaçant, mais en pièce maîtresse d’une nouvelle génération d’outils interconnectés, où la précision de la donnée physique (un sac de café, une pièce détachée) reste le fondement incontournable de toute la comptabilité.
