Un projet de billet de 250 $ à l’effigie de Donald Trump : entre ambition symbolique et contraintes légales
En mai 2026, le Washington Post a révélé que des proches de l’ancien président Donald Trump souhaitent voir son portrait figurer sur un nouveau billet de banque américain d’une valeur de 250 $. Cette initiative, présentée comme un clin d’œil au 250ᵉ anniversaire des États‑Unis, soulève toutefois plusieurs questions juridiques, historiques et publiques.
Origine de la proposition
Selon le rapport du Washington Post, le trésorier américain Brandon Beach et son conseiller principal Mike Brown auraient, depuis l’année dernière, fait pression auprès du Bureau of Engraving and Printing (BEP) afin d’obtenir un prototype de billet portant le visage de Trump. Le dessin proposé reprendrait le portrait officiel du président, accompagné de sa signature et d’une mention « 250 anniversaire de l’Amérique ».
Cette idée s’inscrit dans une série d’initiatives où Trump a cherché à apposer son nom et son image sur divers produits : vodka, steaks, passeports, voire des monuments dédiés à d’autres personnalités.
Cadre législatif actuel
La loi fédérale américaine interdit actuellement l’impression de personnes vivantes sur la monnaie papier. Seuls les individus décédés peuvent figurer sur les billets de banque, une règle qui remonte à la fin du XIXᵉ siècle. La dernière exception connue remonte à 1866, lorsque le surintendant du Bureau of the Currency avait fait apposer son propre portrait sur un billet de 50 cents.
Pour contourner cette interdiction, un projet de loi présenté au Congrès en 2025 proposait d’autoriser la représentation de présidents en exercice sur la monnaie, à condition qu’ils aient occupé la fonction présidentielle. Toutefois, ce texte n’a pas encore été adopté et resterait soumis à un long processus législatif.
Implications techniques et temporelles
Même si le Congrès venait à approuver une telle mesure, la production d’un nouveau billet de banque relève d’une procédure complexe et longue. Le BEP doit garantir la sécurité, la durabilité et la confiance du public, ce qui implique généralement plusieurs années de conception, de tests et de validation.
Une source anonyme interrogée par le Washington Post a déclaré : « Ces personnes pensent qu’il suffit d’imprimer quelque chose du jour au lendemain et que cela fonctionnera dans un distributeur automatique. C’est tout simplement fou. Il faut des années et des années pour produire ces notes afin qu’elles soient fiables pour le public. »
Réactions du public et des experts
L’annonce a rapidement déclenché des réactions sur les réseaux sociaux. L’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton a commenté sur X (anciennement Twitter) : « D’ici la fin du mandat de Trump, cela suffira juste à acheter un gallon d’essence et un carton d’œufs », accompagnant sa remarque d’une capture d’écran du projet de billet.
Des analystes soulignent que la mise en avant répétée du nom et de l’image du président sur des objets gouvernementaux rappelle les pratiques de propagande observées dans certains régimes autoritaires. En mars 2026, le collaborateur de Fast Company Hunter Schwarz avait déjà écrit que « le président et l’administration ont pris des mesures sans précédent pour imprimer son nom et son image au sein du gouvernement fédéral d’une manière qui reflète les campagnes de propagande des régimes autoritaires étrangers ».
Perspectives
À ce stade, le billet de 250 $ à l’effigie de Trump reste essentiellement une proposition symbolique. Même s’il venait à être fabriqué, il est peu probable qu’il entre en circulation générale, tout comme la pièce commémorative en or 24 carats lancée précédemment. Le projet illustre toutefois la volonté de certains proches de l’ancien président de laisser une trace visuelle durable dans les symboles nationaux, malgré les obstacles légaux et les critiques publiques.
Pour les observateurs, cette initiative soulève un débat plus large sur l’utilisation de la monnaie comme instrument de représentation politique et sur les limites à respecter pour préserver la neutralité et la confiance du public dans le système financier américain.
