lundi, juin 1, 2026
Asie-PacifiqueL'inflation au Japon recule à son plus bas niveau depuis plus de quatre ans, ce qui affaiblit les arguments en faveur d'une hausse des taux de la BoJ

L’inflation au Japon recule à son plus bas niveau depuis plus de quatre ans, ce qui affaiblit les arguments en faveur d’une hausse des taux de la BoJ

L’inflation japonaise ralentit en avril 2026, tandis que le yen reste sous pression

Le 24 avril 2026, un pompiste remplissait le réservoir d’une voiture à Tokyo, une scène quotidienne qui contraste avec les évolutions macroéconomiques du pays. Selon les dernières statistiques publiées par le ministère des Affaires internes et des Communications, l’inflation sous-jacente du Japon – qui exclut les prix des produits alimentaires frais – s’est établie à 1,4 % en avril, soit un niveau inférieur aux prévisions des économistes interrogés par Reuters (1,7 %) et inférieur au chiffre de mars (1,8 %).

Inflation globale et mesure « core »

L’inflation globale, toutes catégories confondues, a également reculé à 1,4 %, contre 1,5 % en mars, marquant le quatrième mois consécutif où elle reste sous l’objectif de 2 % fixé par la Banque du Japon (BoJ).

L’indicateur dit « core », qui exclut à la fois les produits alimentaires et l’énergie, a montré une baisse plus marquée : il est passé de 2,4 % en mars à 1,9 % en avril. Cette évolution suggère que les pressions inflationnistes hors énergie et alimentation s’atténuent.

Évolution des prix de l’énergie et contexte géopolitique

Les prix de l’énergie ont chuté de 3,9 % en avril, après une baisse de 5,7 % le mois précédent. Cette détérioration intervient dans un contexte de tensions accrues liées au conflit en Iran, qui a perturbé les approvisionnements en brut et provoqué une volatilité des marchés énergétiques.

Malgré la baisse actuelle des prix de l’énergie, la BoJ a révisé à la hausse ses perspectives d’inflation core pour les prochains trimestres, les portant de 1,9 % à 2,8 %. Dans son communiqué d’avril, la banque centrale a expliqué cette révision par la récente hausse des cours du pétrole brut, liée au conflit au Moyen‑Orient, et par la répercussion anticipée de ces coûts plus élevés sur les prix à la consommation grâce à la capacité des entreprises à transférer une partie de leurs dépenses.

Réactions du gouvernement et propositions budgétaires

Face à la montée des coûts énergétiques, le Premier ministre Sanae Takaichi s’est déclaré ouvert à l’idée d’un budget supplémentaire destiné à atténuer l’impact sur les ménages et les entreprises. Selon la chaîne publique NHK, les députés de l’opposition ont présenté un plan de 3 000 milliards de yens (environ 18,8 milliards de dollars) comprenant :

  • une prolongation des subventions aux carburants;
  • un allégement des factures d’électricité pour les foyers à faibles revenus;
  • des mesures de soutien aux petites et moyennes entreprises exposées à la hausse des coûts de l’énergie.

Ces propositions témoignent d’une volonté politique de concilier stabilité des prix et pouvoir d’achat, alors que le yen poursuit sa dépréciation.

Intervention sur le yen et perspectives de taux d’intérêt

Entre fin avril et début mai 2026, les autorités japonaises ont dépensé près de 10 000 milliards de yens pour intervenir sur le marché des changes, visant à soutenir un yen qui s’était affaibli sensiblement. Une monnaie faible augmente le coût des importations, notamment de l’énergie et des matières premières, et érode le pouvoir d’achat des consommateurs.

Néanmoins, l’économie japonaise montre des signes de résilience. Le produit intérieur brut (PIB) a enregistré une croissance annualisée de 2,1 % au premier trimestre 2026, dépassant les prévisions. Cette expansion a été en partie portée par la vigueur des exportations, un facteur que les analystes de la banque DBS citent comme pouvant donner à la BoJ davantage de confiance pour envisager un resserrement de la politique monétaire.

Dans une note publiée jeudi, les économistes de DBS ont indiqué que, si la tendance à l’exportation se maintient et si les pressions inflationnistes core venaient à se confirmer, une hausse des taux directeurs pourrait être envisagée d’ici la fin de l’année, malgré l’actuelle faiblesse du yen.

Conclusion

Avril 2026 marque un tournant pour l’économie japonaise : l’inflation sous-jacente ralentit davantage que prévu, tandis que les prix de l’énergie bénéficient d’une baisse temporaire liée aux aléas géopolitiques. La Banque du Japon, tout en relevant ses prévisions d’inflation core, reste attentive aux évolutions du yen et à la dynamique des exportations. Les débats budgétaires en cours, notamment autour d’un possible soutien supplémentaire aux ménages face à l’énergie, illustrent la quête d’un équilibre entre stabilité monétaire, pouvoir d’achat et compétitivité extérieure. Les mois à venir seront déterminants pour savoir si ces facteurs convergeront vers un resserrement de la politique monétaire ou si la BoJ choisira de maintenir une stance accommodante afin de soutenir la reprise.

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