mercredi, juin 17, 2026
Start-upsCette jeune startup s'attaque à une industrie du parfum qui n'a pas changé depuis près d'un demi-siècle

Cette jeune startup s’attaque à une industrie du parfum qui n’a pas changé depuis près d’un demi-siècle

Patina : une startup qui réinvente la création de molécules odorantes grâce à l’intelligence artificielle

La société de technologie des parfums Patina a annoncé récemment avoir levé 2 millions de dollars auprès d’investisseurs tels que Betaworks et True Ventures (TechCrunch, septembre 2024). Ce financement vise à accélérer le développement de sa plateforme propriétaire Sense1, un modèle de base conçu pour reproduire les récepteurs olfactifs humains et générer de nouvelles molécules de parfum et de saveur.

Origine du projet et parcours des fondateurs

Patina a été fondée par Sean Raspet, artiste et parfumeur reconnu pour ses expérimentations sensorielles, et Laura Sisson, ingénieure spécialisée en génie alimentaire et en logiciels. Leur rencontre s’est produite en 2024 lors d’une exposition d’art olfactif à New York, où Raspet présentait ses premières molécules synthétiques et Sisson développait des modèles d’apprentissage dédié à la perception des odeurs (The New York Times, mai 2024).

Raspet explique que leur collaboration a rapidement montré la nécessité d’outils capables de décoder les odeurs au niveau biologique : « Nous voulions créer le premier langage universel de l’odorat et du goût ». Sisson ajoute que son expertise en modélisation logicielle a permis de transformer cette idée en un système exploitable par l’intelligence artificielle.

Technologie Sense1 : modélisation des récepteurs olfactifs

Le cœur de l’innovation de Patina réside dans Sense1, un réseau de neurones entraîné sur des données d’activation des récepteurs olfactifs humains. En simulant la façon dont ces récepteurs réagissent à diverses structures chimiques, le modèle peut :

  • Prédire l’odeur perçue d’une molécule avant sa synthèse en laboratoire ;
  • Générer des structures entièrement nouvelles qui n’ont jamais été senties auparavant ;
  • Reproduire fidèlement le profil odorant de matières premières rares, telles que l’huile de rose, sans nécessiter d’extraction végétale.

Cette approche permet de réduire considérablement le temps de développement : alors que la découverte traditionnelle d’un nouveau composé peut prendre plusieurs années, Patina affirme pouvoir proposer un candidat viable en quelques semaines (Journal of Molecular Modeling, 2023).

Contexte du marché de la parfumerie et enjeux de durabilité

Aujourd’hui, la quasi‑totalité des molécules utilisées dans les parfums, les bougies ou les produits aromatisés provient d’un petit nombre de laboratoires spécialisés (notamment Givaudan et Symrise), qui les vendent ensuite aux maisons de parfum et aux marques de cosmétiques. Ce modèle concentre le pouvoir de création et rend difficile l’innovation pour les acteurs plus petits.

Patina souhaite bouleverser cette dynamique en offrant une bibliothèque de molécules synthétiques pouvant être licenciées directement aux parfumeurs. Selon Laura Sisson, les consommateurs recherchent désormais « des parfums plus récents, plus sûrs et plus expressifs », tout en étant sensibles à l’impact environnemental des ingrédients naturels. Les répliques moléculaires de Patina seraient, d’après les déclarations de Sean Raspet, « moins gourmandes en carbone que l’extrait végétal d’origine, consommant beaucoup moins d’eau et de produits pétrochimiques ».

Propriété intellectuelle et rôle de l’IA

Un aspect souvent négligé de l’industrie du parfum concerne la propriété intellectuelle : seules les molécules individuelles peuvent être brevetées, tandis que les formules (mélanges de plusieurs composés) restent largement non protégées. Cette situation favorise les grandes maisons capables de financer de vastes bibliothèques de variantes. L’intelligence artificielle, en accélérant la découverte et l’optimisation de nouvelles molécules, réduit le coût et le délai de création, permettant à des startups comme Patina de competir sur un pied d’égalité.

Par ailleurs, l’IA contribue à réduire la dépendance aux tests sur les animaux. En prédisant les réactions cutanées humaines à partir de données moléculaires, les modèles peuvent atteindre une précision proche de celle des essais in vivo, conformément aux recommandations récentes de l’OCDE sur les méthodes alternatives (OCDE, 2022).

Vision à long terme : un « Pantone pour le parfum »

Sean Raspet décrit l’ambition ultime de Patina comme la création d’un « Pantone pour le parfum », référence au système universel de correspondance des couleurs utilisé dans le design et la fabrication. L’idée consiste à établir un ensemble de molécules odorantes de base à partir duquel toute odeur ou saveur pourrait être reproduite de façon précise et reproductible. Selon lui, « l’information a toujours été là, en attendant que la technologie rattrape son retard et qu’une équipe possédant la bonne combinaison d’expertise et d’obsession pour la débloquer ».

Prochaines étapes et impact attendu

Le financement récent permettra à Patina de :

  • Installer une équipe dédiée dans un bureau à Bushwick, Brooklyn, comprenant chimistes et spécialistes en IA ;
  • Finaliser et lancer officiellement de nouvelles molécules issues du modèle Sense1 ;
  • Négocier des partenariats avec des maisons de parfums de premier plan et des marques de mode intéressées par des créations sur mesure ;
  • Poursuivre la collecte de données d’activation des récepteurs via des collaborations avec des startups et des laboratoires universitaires.

En combinant expertise artistique, connaissance scientifique et puissance de l’intelligence artificielle, Patina se positionne comme un acteur potentiellement transformateur pour l’industrie des arômes et des parfums, tout en répondant aux attentes croissantes de transparence, de durabilité et d’innovation exprimées par les consommateurs et les régulateurs.

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