Vente des bons du Trésor américain en mars : un reflet des tensions géopolitiques
En mars 2024, les gouvernements étrangers ont nettement réduit leurs avoirs en bons du Trésor américain, une réaction directe à l’escalade du conflit au Moyen-Orient et à la montée des prix du pétrole brut. Cette dynamique a poussé plusieurs banques centrales à liquider une partie de leurs réserves en dollars afin de soutenir leurs monnaies locales face à un choc énergétique inédit depuis des décennies.
Chute des avoirs chinois et japonais
Selon les données publiées par le Trésor américain, la Chine a diminué ses positions à 652,3 milliards de dollars, soit une baisse d’environ 6 % par rapport à février et le niveau le plus bas enregistré depuis septembre 2008. Le Japon, premier détenteur étranger de la dette américaine, a vu son portefeuille reculer de près de 47 milliards de dollars pour atteindre 1,191 billion de dollars.
Au total, les avoirs étrangers en bons du Trésor sont passés de 9 490 milliards de dollars en février à 9 250 milliards de dollars en mars, témoignant d’un retrait généralisé des investisseurs souverains.
Pressions sur les changes et interventions des banques centrales
La hausse des rendements des obligations américaines, alimentée par les craintes d’inflation liées à la flambée du pétrole, a rendu les bons du Trésor moins attractifs pour les détenteurs étrangers. Frédéric Neumann, économiste en chef pour l’Asie chez HSBC, explique que « l’accroissement de la volatilité financière depuis le début de la guerre dans le Golfe et la pression résultante sur les taux de change, notamment en Asie, ont conduit les banques centrales à vendre une partie de leurs actifs libellés en dollars ».
Cette stratégie d’intervention sur le marché des changes vise à empêcher une dépréciation excessive du yen et d’autres monnaies asiatiques, fortement exposées aux importations de pétrole. La Banque du Japon serait intervenue fin mars et début avril après que le yen ait franchi le seuil sensible de 160 yen pour un dollar, afin de limiter l’impact du déficit du compte courant.
Le rôle des centres de conservation et les « avoirs fantômes »
Bien que la Chine ait progressivement réduit son exposition directe depuis son pic de 1 300 milliards de dollars en 2013, de nombreux analystes considèrent que les chiffres officiels sous‑estiment sa véritable présence sur le marché de la dette américaine. Des places comme la Belgique et le Luxembourg, souvent décrites comme des « centres de conservation », seraient utilisées pour acheminer des capitaux souverains chinois.
En mars, la Belgique détenait 454,0 milliards de dollars de dette publique américaine, un niveau pratiquement stable par rapport à février, tandis que le Luxembourg maintenait ses avoirs autour de 439,4 milliards de dollars. Tianchen Xu, économiste principal à l’Economist Intelligence Unit, note que, lorsqu’on inclut ces avoirs indirects, l’exposition globale de la Chine reste relativement stable malgré les fluctuations mensuelles.
Perspectives pour avril et implications futures
Les données d’avril, attendues le mois prochain, permettront d’évaluer jusqu’où les banques centrales sont prêtes à aller pour stabiliser leurs monnaies dans un environnement de taux volatils. Certains décideurs pourraient également rééquilibrer leurs portefeuilles en réponse aux préoccupations tactiques concernant l’inflation et la baisse de la valeur des obligations, privilégiant des actifs plus liquides afin de disposer de marges d’intervention en cas d’escalade des besoins.
En outre, le Royaume-Uni a présenté une tendance contraire en augmentant ses avoirs de près de 29,6 milliards de dollars pour atteindre 926,9 milliards de dollars en mars, tandis que plusieurs petits détenteurs ont choisi de se retirer du marché.
Cette évolution souligne la sensibilité des réserves souveraines aux chocs géopolitiques et aux fluctuations des marchés de matières premières, rappelant aux investisseurs la nécessité de suivre de près les indicateurs de politique monétaire et les données officielles du Trésor américain pour anticiper les mouvements futurs des flux de capitaux.
