lundi, juin 1, 2026
Asie-PacifiquePourquoi les fonds de pension doublent leurs crédits privés malgré des fissures croissantes

Pourquoi les fonds de pension doublent leurs crédits privés malgré des fissures croissantes

Par Lucie Durant, analyste spécialisée en investissements institutionnels.

Les fonds de pension restent attirés par le crédit privé malgré les risques

Alors que les marchés du crédit connaissent une période de volatilité, de nombreux régimes de retraite continuent d’allouer une partie de leurs actifs au crédit privé. Cette classe d’actifs, moins liquide mais potentiellement rémunératrice, séduit les investisseurs institutionnels grâce à leur capacité à soutenir des positions à long terme. Toutefois, les experts soulignent plusieurs points de vigilance liés à la sous‑criture, à l’opacité des valorisations et à la concentration sectorielle.

Des flux d’investissement soutenus en 2025

Selon Mercer, les nouveaux afflux d’investisseurs institutionnels dans les véhicules de crédit privé ont atteint près de 300 milliards de dollars en 2025, un niveau globalement stable par rapport à l’année précédente. Cette dynamique provient principalement des fonds de pension et d’autres gros investisseurs, tandis que les rachats sont davantage portés par les particuliers et les investisseurs fortunés.

Exemples de stratégies d’allocation

  • APG (Pays‑Bas) – le plus grand gestionnaire de fonds de pension européen envisage d’augmenter son exposition aux marchés privés à plus de 30 % de ses actifs. Dans ce cadre, sa dette privée pourrait passer de ≈1,5 % à une fourchette de 2 % à 4 %, comme indiqué récemment par Reuters.
  • Nest (Royaume‑Uni) – le régime de retraite soutenu par l’État a engagé 450 millions de livres sterling dans le crédit privé américain et vise une augmentation de son allocation globale aux marchés privés pour atteindre environ 30 % d’ici 2030, bien au‑dessus des moyennes du secteur.
  • California State Teachers’ Retirement System (CalSTRS) – ce fonds nord‑américain maintient son exposition au crédit privé via des gérants tels que Blue Owl Capital, qui a récemment plafonné les rachats de certains de ses fonds.

Points de vigilance exprimés par les experts

  • Opacité et sous‑criture – Sébastien Betermier, directeur exécutif du réseau ICPM (plus de 50 fonds de pension membres), met en garde contre la croissance de la participation des particuliers, qui pourrait augmenter le risque de ruées sur les fonds et entraîner une sélection d’actifs mal évalués.
  • Concentration sectorielle – Hadley Ma, fondateur de Ferghana Investment Partners, souligne que les tensions actuelles sont principalement concentrées sur les prêts à grande capitalisation, sponsorisés, sans clauses restrictives et fortement exposés aux logiciels. Selon lui, ces poches de stress ne représentent pas l’ensemble de la classe d’actifs.
  • Effet de retard – Jeffrey Hooke, maître de conférences en finance à la Johns Hopkins Carey Business School, rappelle que la performance du crédit privé se révèle souvent seulement après cinq ou six ans, ce qui peut masquer les problèmes à court terme et réduire la pression pour une réaction immédiate des investisseurs.

Une classe d’actifs toujours stratégique pour les investisseurs institutionnels

Malgré les avertissements, les fonds de pension considèrent le crédit privé comme un levier stratégique pour diversifier leurs portefeuilles et améliorer le rendement ajusté au risque. Mercer indique que l’allocation typique se situe généralement entre 0,5 % et 5 % des actifs, tandis que l’exposition globale aux marchés privés (incluant l’infrastructure, l’immobilier et le capital‑investissement) peut être nettement supérieure. La taille importante et les horizons d’investissement longs des régimes de retraite leur permettent de détenir ces actifs moins liquides, à condition de suivre de près les évolutions de la sous‑criture, de la transparence des valorisations et des risques sectoriels.

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