samedi, mai 9, 2026
Asie-PacifiqueLes États-Unis et la Chine n’ont pas besoin d’un autre dialogue. Ils ont besoin d'un disjoncteur.

Les États-Unis et la Chine n’ont pas besoin d’un autre dialogue. Ils ont besoin d’un disjoncteur.

Un Conseil de commerce sino‑américain doit aller au‑delà d’une simple liste d’autorisations

Alors que la visite prévue du président américain Donald Trump approche, Washington et Pékin discutent de la création d’un nouveau Conseil de commerce sino‑américain. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent et le représentant au Commerce Jamieson Greer ont proposé un organisme chargé de définir les échanges autorisés sans franchir les « lignes rouges » de sécurité nationale. Cette idée paraît raisonnable, mais elle reste incomplète si elle ne prévoit pas de procédures capables d’empêcher que des différends commerciaux ordinaires ne dégénèrent en confrontations géopolitiques.

Le cas Manus‑Meta : pourquoi la prévisibilité compte

En avril 2024, Reuters a rapporté que la Commission nationale chinoise pour le développement et la réforme (NDRC) avait ordonné à Meta de démanteler son acquisition de Manus, une start‑up chinoise d’intelligence artificielle valorisée à plus de 2 milliards de dollars, après que celle‑ci eut transféré ses activités à Singapour suivant un financement mené par des investisseurs américains.

Manus s’était réorganisé à l’étranger, avait attiré des capitaux étrangers et était devenu la cible d’une importante acquisition technologique américaine. Pourtant, la délocalisation et l’incorporation à l’étranger n’ont pas écarté la question de compétence. Les régulateurs chinois ont considéré les liens de l’entreprise avec la Chine en termes de technologie, de talents, de données, d’opérations antérieures et de capacité industrielle stratégique comme pertinents à examiner.

Cette affaire montre que la simple localisation du siège social ou la structure de propriété ne suffisent plus à déterminer si une transaction sera acceptée. Le siège, la structure de propriété, l’emplacement du fondateur, les opérations passées, les systèmes cloud, les flux de données, les investisseurs, les employés et même le code peuvent devenir pertinents après coup. Une fois que les capitaux, les personnes et le savoir‑faire sont engagés, il devient extrêmement difficile de « retirer » ce qui a déjà été appris, copié ou intégré.

Les limites des cadres précédents

Les dialogues sino‑américains antérieurs ont déjà révélé les dangers d’une structure incomplète :

  • La Commission mixte sur le commerce et les échanges (JCCT), créée en 1983, offrait un lieu utile pour les plaintes sectorielles mais manquait de pouvoir décisionnel contraignant.
  • Le Dialogue économique stratégique sino‑américain (SED), lancé en 2006, a été renommé deux fois (2009 puis 2017) et n’a finalement tenu qu’une seule réunion avant d’être abandonné.

Ces forums ont élevé l’engagement au niveau du Cabinet, mais sans mandat limité, délais fixes, normes de preuve claires ou mécanismes d’escalade prédéfinis, ils n’ont pas pu stabiliser les attentes lorsque le contexte politique a changé.

Ce qu’un Conseil de commerce efficace devrait contenir

Pour transformer la méfiance en une gouvernance prévisible, le conseil doit reposer sur plusieurs piliers :

Une charte écrite et des limites de compétence clairement définies

Le texte fondateur doit préciser :

  • Les secteurs couverts (biens, services, investissements, données).
  • Quelles mesures doivent être notifiées à l’avance (subventions, transferts de technologie, acquisitions dépassant un certain seuil).
  • Ce qui constitue une non‑conformité et quand une affaire passe de la consultation à une décision judiciaire.
  • Comment une restriction temporaire est réduite ou levée.

Des frontières vagues ne sont pas synonymes de flexibilité ; elles deviennent des invitations à réécrire les termes d’un accord après que les entreprises ont déjà investi.

Séparer la gouvernance commerciale de la surveillance de la sécurité

Une approche binaire permet de garder la clarté :

  • Commission commerciale : accès au marché, douanes, normes techniques, subventions, entreprises publiques, paiements et continuité de la chaîne d’approvisionnement.
  • Commission de sécurité : contrôles à l’exportation, respect des sanctions, restrictions technologiques, examen des investissements étrangers et autres mesures sensibles.

Une notification formelle relie les deux commissions afin que l’exception de sécurité ne submerge pas le système commercial.

Un secrétariat permanent et des procédures de règlement des différends préétablies

Un secrétariat chargé de surveiller la mise en œuvre, de recevoir les plaintes, d’organiser des examens sectoriels réguliers et de publier des rapports serait essentiel. Les entreprises pourraient ainsi demander des éclaircissements sans avoir à porter chaque problème au niveau du Cabinet.

Le règlement des différends doit être conçu avant toute violation : formation du panel, délais, règles de confidentialité, normes d’examen, délais de conformité et contre‑mesures autorisées doivent être fixés à l’avance. L’application progresse par étapes : consultation, conclusions formelles, plans de conformité, puis contre‑mesures proportionnées dans les limites convenues.

Garantir la prévisibilité des paiements

Le commerce licite ne peut fonctionner si le règlement ne peut pas être réalisé par des canaux prévisibles. Le conseil devrait définir :

  • Les canaux de règlement approuvés (banques correspondantes, systèmes de paiement transfrontaliers).
  • Les règles de documentation et les tâches de vérification bancaire.
  • Les voies de repli en cas de blocage des règlements, d’obstructions douanières ou de licences discriminatoires.

Les litiges liés à des contrats privés peuvent rester soumis à l’arbitrage ou aux tribunaux nationaux, tandis que le conseil s’occupe des défaillances systémiques qui rendent le commerce légal pratiquement impossible.

Éviter les mesures d’urgence permanentes

Toute restriction doit comporter un déclencheur clair, une date de révision et une voie de sortie. L’objectif est d’isoler ce qui est véritablement sensible pour que le reste du commerce puisse rester régi par des règles stables, et non par des états d’exception qui deviennent la norme.

Vers une gouvernance disciplinée plutôt qu’une réconciliation illusoire

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