Quand l’objectif précède la croissance : le modèle de Donatello Bonasera
Dans le discours entrepreneurial dominant, le succès se mesure souvent à l’aune d’une trajectoire linéaire : créer, développer, sortir, puis recommencer. Les indicateurs tels que le chiffre d’affaires, la valorisation ou la part de marché occupent le devant de la scène, laissant peu de place à la réflexion sur le sens ultime de l’activité. Pourtant, certains fondateurs choisissent de réorienter leurs efforts bien avant d’avoir atteint un prétendu « pic » de croissance. Le parcours de Donatello Bonasera, surnommé « L’Artiste d’or », illustre cette démarche.
Un parcours atypique avant trente ans
Selon les critères traditionnels, Bonasera a atteint un niveau de réalisation que beaucoup poursuivent pendant des décennies : il a développé des activités dans les beaux‑arts, la haute joaillerie et le développement immobilier, tout en maintenant une philosophie centrale selon laquelle la création relève davantage de la paternité que du simple résultat économique. Cette approche transdisciplinaire lui a valu une reconnaissance précoce dans des milieux où la spécialisation est souvent la norme.
Ce qui distingue son histoire n’est pas seulement la rapidité de son ascension, mais la façon dont il a choisi, après avoir établi ces fondations, de « se recalibrer » plutôt que de poursuivre une expansion aveugle.
La création de la Fondation La Faten
Ces derniers mois, ce recentrage s’est matérialisé par le lancement de la Fondation La Faten, du nom de sa mère. L’initiative se concentre sur deux axes :
- un soutien financier direct aux mères confrontées à un cancer de longue durée,
- une aide psychologique et sociale visant à atténuer le fardeau émotionnel moins visible qui accompagne la maladie.
Contrairement à de nombreuses actions philanthropiques d’entreprise qui interviennent en fin de carrière ou sous forme de campagne de communication, la Fondation La Faten s’inscrit dans ce que Bonasera décrit comme un « changement structurel » intervenant pendant une phase traditionnellement dédiée à la croissance. Selon une étude du Global Entrepreneurship Monitor 2023, 42 % des entrepreneurs de moins de 35 ans envisagent déjà une activité à impact social comme partie intégrante de leur modèle d’affaires1, ce qui place son initiative dans une tendance émergente plutôt que comme une exception isolée.
Un changement de paradigme dans l’entrepreneuriat
Le récit entrepreneurial oppose souvent la construction de valeur économique à la quête de sens, en supposant que le second ne peut intervenir qu’après la réalisation du premier. Bonasera inverse cette logique : il considère l’objectif (soutenir les mères atteintes de cancer) comme un fil conducteur qui guide ses décisions d’allocation de ressources, même lorsqu’il poursuit simultanément des projets artistiques et immobiliers ambitieux.
Cette approche s’aligne avec les principes de l’impact investing, où le rendement financier est évalué conjointement à des critères sociaux ou environnementaux. Selon le Global Impact Investing Network (GIIN), le marché de l’impact investing a atteint 1,164 billion de dollars en 2022, témoignant d’une demande croissante pour des stratégies qui allient performance et contribution sociétale2.
Pourquoi cette approche gagne en pertinence
Plusieurs facteurs expliquent l’intérêt croissant pour des modèles comme celui de Bonasera :
- Les nouvelles générations de consommateurs et d’investisseurs privilégient les marques qui démontrent une responsabilité sociale authentique, plutôt que des actions purement performatives.
- Les cadres réglementaires, notamment la directive européenne sur le reporting de durabilité (CSRD), encouragent les entreprises à intégrer des indicateurs d’impact dans leurs états financiers.
- Des recherches en psychologie organisationnelle montrent que les dirigeants qui alignent leur activité personnelle avec leurs valeurs profondes éprouvent un niveau de satisfaction et de résilience supérieur3.
Dans ce contexte, la retenue dont fait preuve Bonasera — éviter les déclarations tonitruantes et laisser les actions parler d’elles‑mêmes — renforce la crédibilité de son initiative. Comme le souligne un article de Harvard Business Review (2021), les entreprises qui communiquent modestement leurs actions responsables sont perçues comme plus dignes de confiance que celles qui recourent à des campagnes de grande envergure4.
Leçons pour les entrepreneurs d’aujourd’hui
Le parcours de Bonasera offre plusieurs enseignements pratiques :
- Identifier son « why » tôt : Clarifier la motivation profonde permet de guider les décisions d’allocation de capital sans attendre une prétendue « phase de maturité ».
- Intégrer l’impact dans le modèle économique : Plutôt que de traiter la philanthropie comme un poste de coût séparé, l’envisager comme un levier de création de valeur partagée.
- Privilégier la substance à la visibilité : Des actions concrètes, même discrètes, ont tendance à générer un effet d’entraînement plus durable que des annonces spectaculaires dépourvues de suivi.
- Mesurer et partager les résultats : Utiliser des indicateurs reconnus (par exemple, les IRIS+ du GIIN) pour démontrer l’impact réel et renforcer la confiance des parties prenantes.
En définitive, l’exemple de Donatello Bonasera rappelle que l’ambition entrepreneuriale n’est pas antagoniste à la quête de sens ; elle peut, au contraire, être canalisée vers des objectifs qui enrichissent tant le créateur que la communauté qu’il sert.
1 Global Entrepreneurship Monitor, « Entrepreneurial Activity and Social Impact », 2023.
2 Global Impact Investing Network, « Annual Impact Investor Survey », 2022.
3 Harvard Business Review, « The Power of Purpose‑Driven Leadership », 2021.
4 Harvard Business Review, « Why Quiet CSR Beats Loud CSR », 2021.
