Le Kenya et la Tanzanie s’engagent à lever les barrières non tarifaires d’ici mai 2026
Lors d’une réunion de haut niveau tenue à la State House de Dar es Salaam, le président kenyan William Ruto et la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan ont publié une directive conjointe visant à éliminer toutes les barrières non tarifaires au commerce entre leurs deux d’ici la fin mai 2026. Cette annonce, faite dans le cadre des négociations bilatérales du Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), marque une étape concrète vers une intégration régionale plus poussée.
Contexte de l’intégration régionale en Afrique de l’Est
La CAE, composée du Kenya, de la Tanzanie, de l’Ouganda, du Rwanda, du Burundi, du Soudan du Sud et de la Somalie, poursuit depuis plusieurs années un agenda d’harmonisation des douanes, de simplification des procédures frontalières et de développement d’infrastructures de transport. Malgré ces efforts, les barrières non tarifaires – tels que les retards douaniers, les divergences réglementaires et les formalités administratives excessives – continuent de freiner la fluidité des échanges intra‑régionaux.
Selon le rapport annuel de la Banque africaine de développement (BAD) publié en 2023, les coûts liés aux barrières non tarifaires représentent en moyenne 15 % du prix final des marchandises échangées entre les États membres de la CAE, dépassant parfois les droits de douane eux‑mêmes.
Quelles sont les barrières non tarifaires ciblées ?
- Retards douaniers : temps moyen de dédouanement supérieur à 48 heures aux postes frontaliers clés comme celui de Namanga.
- Incohérences réglementaires : différences dans les normes sanitaires et phytosanitaires entre le Kenya et la Tanzanie.
- Goulots d’étranglement administratifs : multiples autorisations requises pour le transport de marchandises périssables.
- Manque de transparence des procédures : publication tardive ou incomplète des mises à jour réglementaires.
La directive présidentielle précise que chaque pays devra mettre en place un comité mixte chargé de cartographier ces obstacles, de proposer des mesures correctives et de rendre compte trimestriellement des progrès réalisés.
Impact attendu sur le commerce et les chaînes d’approvisionnement
L’élimination de ces barrières devrait générer plusieurs bénéfices mesurables :
- Une réduction estimée de 10 % à 12 % des coûts logistiques pour les exportateurs kenyanes et tanzaniens (source : étude de la Banque mondiale, 2022).
- Une accélération du délai de livraison des produits agricoles frais, notamment le thé et le café, vers les marchés urbains de Nairobi et de Dar es Salaam.
- Un renforcement de la compétitivité des chaînes d’approvisionnement régionales, rendant l’Afrique de l’Est plus attractive pour les investissements directs étrangers.
Les analystes du Centre pour le développement du secteur privé (CDSP) prévoient que le volume du commerce intra‑CAE pourrait augmenter de 8 % d’ici 2027 si les engagements sont pleinement respectés.
Mise en œuvre et suivi
Le succès de cette initiative dépendra de la capacité des deux gouvernements à transformer la décision politique en actions concrètes. Les étapes clés prévues incluent :
- La publication d’un plan d’action national d’ici juillet 2025, détaillant les réformes douanières et réglementaires.
- L’harmonisation des systèmes d’information douaniers (comme le système ASYCUDA) pour permettre un échange de données en temps réel.
- La formation des agents frontaliers aux nouvelles procédures afin d’assurer une application uniforme.
- La mise en place d’un tableau de bord public, accessible en ligne, affichant les indicateurs de performance tels que le temps moyen de dédouanement et le nombre de certificats requis.
Les parties prenantes – notamment les chambres de commerce, les associations de transporteurs et les organisations de la société civile – ont été invitées à participer aux consultations publiques qui commenceront au deuxième trimestre de 2025. Cette approche inclusive vise à renforcer la légitimité du processus et à garantir que les mesures prises répondent réellement aux besoins des opérateurs économiques.
En résumé, l’engagement pris par les présidents Ruto et Suluhu représente une avancée significative pour l’intégration économique de l’Afrique de l’Est. Si la mise en œuvre suit le calendrier annoncé, les entreprises et les consommateurs de la région pourraient bientôt profiter d’un commerce plus fluide, moins coûteux et plus résilient.
