lundi, juin 1, 2026
Asie-PacifiqueL’UE supprime les banques tadjikes alors que le Kirghizistan ressent la chaleur

L’UE supprime les banques tadjikes alors que le Kirghizistan ressent la chaleur

L’UE lève les sanctions contre trois banques tadjikes

Le 23 avril 2026, l’Union européenne a retiré de sa liste de sanctions trois établissements financiers du Tadjikistan : Spitamen Bank, Dushanbe City Bank et Commercebank of Tajikistan. Cette décision intervient dans le cadre du vingtième paquet de mesures restrictives visant la Russie, adopté quelques mois après le dix‑neuvième paquet qui avait initialement ciblé ces banques le 12 novembre 2025.

Contexte des sanctions initiales

Les sanctions du dix‑neuvième paquet avaient été motivées par des soupçons selon lesquels ces institutions pourraient faciliter le contournement des restrictions imposées à la Russie. Une enquête du média russe The Bell publiée en juillet 2025 avait montré que des flux financiers liés à Sberbank étaient acheminés vers l’Europe en passant par des banques d’Asie centrale, avec Douchanbé souvent indiqué comme origine des fonds plutôt que Moscou. Le même rapport relevait que Dushanbe City Bank, fondée en 2007 sous le groupe Avesto – étroitement lié à la famille présidentielle tadjike – était présentée dans des publicités en ligne proposant des services bancaires à des citoyens russes soumis à des sanctions.

En vertu de ces mesures, les entités européennes se sont vu interdire d’effectuer toute transaction avec les trois banques tadjikes, ce qui a limité leurs activités de correspondant bancaire et restreint les transferts internationaux, tout en leur permettant de poursuivre leurs opérations domestiques.

Mesures correctives du Tadjikistan

La Banque nationale du Tadjikistan a annoncé la radiation comme le résultat d’un dialogue productif avec les autorités européennes. Selon le régulateur, le Tadjikistan a démontré :

  • une coopération renforcée avec la Commission européenne,
  • la mise en œuvre de normes de conformité internationales (AML/KYC),
  • l’amélioration des mécanismes de lutte contre le blanchiment d’argent.

Pendant la période de sanctions, les banques concernées ont continué à fonctionner au niveau national mais ont dû faire face à des restrictions sur les opérations transfrontalières et les relations de correspondant.

Réaction du Kirghizistan et contraste régional

Alors que Bruxelles levait les sanctions contre le Tadjikistan, le même vingtième paquet imposait de nouvelles restrictions au Kirghizistan. Deux banques supplémentaires – Keremet Bank et Capital Bank of Central Asia – ont été ajoutées à la liste le 14 mai 2026, portant à six le nombre total d’établissements kirghizes sous sanctions de l’UE.

Par ailleurs, l’UE a activé pour la première fois son outil anti‑contournement contre le Kirghizistan, interdisant les exportations de machines CNC et d’équipements de télécommunication après avoir constaté une hausse de près de 800 % des importations de biens à double usage en provenance d’Europe comparée aux niveaux d’avant‑guerre.

Le président kirghiz Sadyr Japarov avait qualifié les précédentes sanctions de « pression unilatérale » et s’est rendu à Moscou le jour de l’adoption du vingtième paquet. En contraste, l’Ouzbékistan n’a pas figuré sur la liste des sanctions après la visite diplomatique du président Shavkat Mirziyoyev à Bruxelles et les assurances de Tachkent d’une stricte conformité.

Analyse et limites de la levée des sanctions

Le vingtième paquet précise que les cinq entités de pays tiers radiées – dont deux banques chinoises et les trois banques tadjikes – ont été retirées après s’être engagées à ne pas s’engager dans les activités qui avaient initialement justifié leur inscription. Cette formulation soulève une question centrale : le système bancaire tadjik a‑t‑il subi une réforme structurelle profonde ou s’est‑il contenté d’apporter des assurances procédurales suffisantes pour satisfaire Bruxelles ?

Des canaux directs entre les systèmes bancaires russe et tadjik, établis à la fin des années 2010 pour contourner des intermédiaires comme SWIFT, restent opérationnels. Selon les données de la Banque mondiale, les envois de fonds de travailleurs russes vers le Tadjikistan ont atteint 5,7 milliards de dollars en 2023, une grande partie transitant par ces voies directes et donc échappant largement à la surveillance occidentale.

Cette situation suggère que, bien que la levée des sanctions représente une victoire diplomatique pour Douchanbé – rétablissant l’accès aux marchés financiers internationaux dans un contexte économique fragile – la sous‑jacent architecture permettant l’évasion des restrictions pourrait simplement avoir appris à éviter les contrôles plutôt que d’avoir été fondamentalement transformée.

Conclusion

L’expérience du Tadjikistan illustre comment un dialogue soutenu et des concessions réglementaires peuvent conduire à une inversion rapide des sanctions européennes. Toutefois, le cas kirghiz montre que la même mécanique peut aussi produire un renforcement des mesures lorsque les

Découvrez nos autres contenus

Articles connexes