Diana Orembe et NovFeed : transformer les défis de l’aquaculture en opportunités circulaires
En Tanzanie, Diana Orembe, co-fondatrice et PDG de NovFeed, a bâti une entreprise qui devrait générer un chiffre d’affaires dépassant le million de dollars en 2025. Son entreprise produit des aliments pour poissons et des engrais organiques à partir de déchets alimentaires, une innovation qui répond à une dépendance historique du pays aux importations coûteuses. Son parcours, couronné par le premier prix du concours Africa’s Business Heroes en décembre 2024, illustre comment une insight locale, couplée à une recherche scientifique, peut créer un modèle économique viable et circulaire.
Les racines du projet : du lac Victoria au laboratoire universitaire
Née et élevée près du lac Victoria, le plus grand lac d’eau douce d’Afrique, Diana Orembe a été témoin dès son enfance des réalités de la pêche artisanale et des défis des petits pisciculteurs. Son oncle, qui exploitait une petite ferme piscicole, se plaignait constamment du coût et de la rareté des aliments pour poissons. Ce problème structurel a trouvé un écho particulier lors de ses études en microbiologie à l’Université de Dar es Salaam, où ses recherches sur le secteur aquacole tanzanien ont confirmé une dépendance critique aux intrants importés, maintenanant les prix à un niveau prohibitif pour la majorité des agriculteurs.
Déterminée à créer une alternative locale et abordable, elle a utilisé les infrastructures de son université pour conduire ses premiers essais et développer un produit minimum viable. NovFeed est officiellement née en 2020, avec pour mission de transformer un problème – les déchets alimentaires des marchés locaux – en une solution grâce à un processus de fermentation naturelle. Ce procédé génère non seulement un aliment pour poissons, mais aussi un sous-produit liquide microbien valorisé en engrais.
Un modèle économique double et une stratégie de vente axée sur les bénéfices
Le modèle de revenus de NovFeed est simple et transparent : l’aliment pour poissons est vendu 1,30 $ le kg avec une marge de 30 %, et l’engrais à 3 $ le litre avec une marge de 35 %. Mais la clé de son adoption par le marché ne résidait pas dans la sophistication du procédé – la fermentation par bactéries – mais dans la simplicité du message. « Lorsque vous dites à quelqu’un qu’il s’agit d’aliments pour poissons fabriqués à partir de bactéries, tout le monde s’enfuit », reconnaît Diana Orembe. L’équipe a donc fait le choix de communiquer uniquement sur l’avantage principal : une production locale, plus abordable, et des résultats visibles pour l’agriculteur.
Pour convaincre un marché traditionally réticent au changement, NovFeed a misé sur la démonstration pratique. Des fermes de démonstration ont été établies pour montrer l’efficacité des produits en conditions réelles. Cette approche visuelle est cruciale pour inspirer confiance aux magasins agricoles, qui hésitent à allouer de l’espace en rayon à des produits inconnus. L’entreprise propose également un service après-vente de conseil en bonnes pratiques piscicoles, renforçant ainsi la valeur perçue et la fidélisation.
De la start-up à l’entreprise établie : validation, croissance et nouveaux défis
La validation du marché est intervenue en 2024, lorsque les commandes répétées ont commencé à affluer. « Peu importe la qualité de votre produit, si vous ne parvenez pas à fidéliser les clients, cela reste un signal que votre produit ne fonctionne pas », souligne la PDG. Cette année-là, NovFeed a réalisé 420 000 $ de revenus. En 2025, ce chiffre a déjà doublé. Le prix de 300 000 $ remporté auprès d’Africa’s Business Heroes a été intégralement investi dans une augmentation massive des capacités de production. La nouvelle usine permet désormais de produire plus de 20 tonnes d’aliments par jour, contre une capacité initiale maximale de 30 tonnes par mois
