L’intelligence artificielle, un facteur décisif dans les réorientations universitaires
L’impact de l’intelligence artificielle sur le marché du travail n’est plus une projection lointaine, mais une réalité tangible qui influence déjà les choix stratégiques des étudiants. Une enquête conjointement menée par l’institut de sondage Gallup et la Lumina Foundation, une organisation dédiée à l’éducation supérieure, met en lumière une tendance profonde : la perception des risques liés à l’IA motive un nombre significatif d’étudiants à modifier radicalement leur parcours académique.
Les chiffres clés de l’enquête Gallup/Lumina
Menée auprès de 3 800 étudiants américains, l’enquête livre des résultats sans ambiguïté. Environ 16 % des répondants déclarent avoir déjà changé de spécialisation (major) en raison de leur perception que l’IA réduit les opportunités d’emploi pour les postes de débutants. Ce chiffre est d’autant plus significatif que 42 % des étudiants (près d’un sur deux) affirment avoir « beaucoup » ou « énormément » réfléchi à une telle réorientation.
« C’est l’un des signaux les plus clairs que nous ayons vu indiquant que les étudiants repensent leur avenir en réponse à l’IA », commente le Dr Courtney Brown, vice-présidente de l’impact et de la planification à la Lumina Foundation, interrogée par Business Insider.
Vers quels domaines se tournent les étudiants ?
Parmi les 16 % ayant déjà changé de filière, les réorientations ne sont pas uniformes. L’enquête révèle une tendance notable : la majorité se dirigent vers les sciences sociales (26 %), suivies par les affaires et le management (17 %) et la technologie (13 %). Ce mouvement illustre une dichotomie intéressante, soulignée par le Dr Brown : « Les étudiants évoluent dans les deux sens en ce qui concerne les domaines technologiques. Certains se tournent vers la technologie parce qu’ils voient des opportunités dans l’IA, tandis que d’autres s’en éloignent parce qu’ils s’inquiètent des disruptions. »
L’enquête nuance également ces mouvements selon les disciplines d’origine. Les étudiants inscrits dans des programmes technologiques et professionnels sont ceux qui se montrent les plus ouverts à l’idée de changer de spécialisation (environ 70 % y ont sérieusement réfléchi). À l’inverse, les étudiants en sciences humaines, en soins de santé et en sciences naturelles sont les moins susceptibles d’envisager un changement lié à l’IA. Paradoxalement, ce sont aussi ceux qui utilisent le moins les outils d’IA dans leurs études. « Je ne pense pas que les étudiants se rendent compte que l’IA va les remplacer », tempère le Dr Brown, suggérant un décalage entre la perception des risques et la réalité de l’exposition.
L’érosion des emplois de premier échelon : un phénomène documenté
Ces craintes étudiantes ne sont pas infondées. Elles s’alignent sur un corpus de recherche économique et gestionnaire de plus en plus fourni qui documente l’impact particulier de l’IA sur les postes d’entrée de gamme.
Les données de Harvard et Stanford
Une étude de 2024 de l’Université Harvard, analysant les données de 62 millions de travailleurs dans 285 000 entreprises américaines, a constat
