Commonwealth Fusion Systems accélère sa stratégie commerciale avec une vente majeure d’aimants supraconducteurs
Commonwealth Fusion Systems (CFS), la startup de fusion nucléaire issue du MIT, a annoncé jeudi la signature d’un accord significatif avec Realta Fusion. Il s’agit de la vente d’aimants supraconducteurs à haute température (HTS) pour le deuxième réacteur de la jeune pousse, une transaction que CFS qualifie de “la plus importante à ce jour” dans ce domaine. Cette vente n’est pas un événement isolé ; elle confirme la stratégie de CFS visant à générer des revenus précieux et à valider sa technologie magnétique phare bien avant la mise en service de son propre réacteur commercial, ARC.
Rick Needham, Chief Commercial Officer (CCO) de CFS, a souligné l’importance de ce timing : “Le Sparc étant désormais terminé à 70 %, c’était un excellent moment pour commencer à soutenir Realta dans la fabrication de nos aimants.” Le Sparc est le réacteur de démonstration de CFS, dont l’assemblage se poursuit à son usine de Devens, dans le Massachusetts, avec une première mise en plasma prévue plus tard cette année.
Deux visions de la fusion magnétique : le tokamak de CFS et le miroir magnétique de Realta
Pour comprendre l’importance de cet accord, il faut saisir la différence fondamentale entre les deux approches de confinement magnétique. CFS mise sur le tokamak, une technologie éprouvée où des aimants en forme de “D” créent un champ toroïdal (en beignet) pour maintenir le plasma chaud et dense. L’innovation majeure de CFS réside dans l’utilisation d’aimants HTS, plus compacts et puissants, permettant de construire des tokamaks plus petits et moins coûteux.
Realta Fusion, quant à elle, développe un réacteur à miroir magnétique. Ce concept, dont les bases physiques sont explorées depuis des décennies (notamment via l’expérience WHAM de l’Université du Wisconsin avec laquelle Realta collabore), confine le plasma dans une région en forme de bouteille. Des aimants puissants aux extrémités “repoussent” le plasma vers le centre, tandis qu’une section médiane entourée d’aimants plus faibles le maintient. L’avantage théorique de Realta est de pouvoir augmenter la puissance simplement en agrandissant cette section centrale, utilisant des aimants moins extrêmes et donc potentiellement moins coûteux, avec pour objectif de réduire le coût du kilowattheure produit.
L’existence des deux entreprises est intrinsèquement liée à l’avènement des supraconducteurs à haute température disponibles dans le commerce. CFS a été fondée en 2018 après que des chercheurs du MIT ont démontré qu’ils permettaient un tokamak viable. Realta, fondée quelques années plus tard, est née de la conviction que la même technologie pouvait revitaliser le concept plus ancien du miroir magnétique. “C’était un tournant qui nous a permis de revenir à l’époque actuelle du miroir magnétique et de profiter des avantages techniques du concept”, explique Kieran Furlong, co-fondateur et PDG de Realta.
Une stratégie commerciale audacieuse pour financer l’innovation
L’accord avec Realta est le deuxième du genre pour CFS. La société a déjà signé un partenariat pour fournir des aimants à l’expérience WHAM. Elle a également concédé sous licence sa technologie HTS à Type One Energy, une autre startup de fusion travaillant sur un stellarator (une variante complexe du tokamak). Christine Dunn, responsable des communications externes de CFS, a indiqué à TechCrunch que si le contrat avec Type One ne prévoit pas initialement la construction d’aimants, cela pourrait évoluer.
Cette stratégie de licence et de vente d’équipements répond à un double objectif. D’abord, elle permet à CFS de rentabiliser son investissement colossal dans la fabrication. L’entreprise a passé sept ans et investi des centaines de millions de dollars pour construire une usine dédiée à la production d’aimants HTS sur mesure pour la fusion. Ensuite, elle crée une source de revenus précoce indispensable, car le développement de son propre réacteur ARC, qui doit suivre le Sparc, nécessitera des financements supplémentaires massifs.
CFS : un leader financier et technologique incontesté
À ce jour, CFS a levé près de 3 milliards de dollars, représentant une part substantielle de l’ensemble des financements de risque injectés dans le secteur des startups de fusion. Cette puissance financière lui donne une avance considérable dans la construction d’infrastructures critiques, comme son usine d’aimants, bien avant la plupart de ses concurrents.
L’entreprise présente ces accords comme un service à l’écosystème plus large de la fusion, en mettant à disposition une technologie dont le développement et la réplication coûteraient des millions. C’est indéniablement vrai. Mais cela sert également sa propre position en démontrant la maturité et la polyvalence de sa technologie, un argument puissant pour attirer de nouveaux investisseurs en capital-ris
