Éthiopie : Huit ans de réformes économiques, entre transformation structurelle et défis persistants
Depuis 2018, l’Éthiopie s’est engagée dans une réforme économique profonde, marquant une rupture décisive avec un modèle passé largement dirigé par l’État et caractérisé par d’importantes vulnérabilités macroéconomiques. Sous l’impulsion du Premier ministre Abiy Ahmed et de la philosophie de Medemer (synergie), le pays a entrepris de diversifier sa base économique, d’ouvrir des secteurs clés au secteur privé et de renforcer sa résilience. Si des défis considérables subsistent, notamment en matière de stabilité politique et de gestion de la dette, les résultats enregistrés dans l’agriculture, l’industrie, le numérique et les mines témoignent d’une transformation tangible, bien que son ampleur et sa durabilité restent à confirmer sur le long terme.
Le virage agricole : vers l’autosuffisance et la diversification
L’agriculture, pilier historique de l’économie éthiopienne, a bénéficié d’une attention particulière. Le précédent cadre d’industrialisation axée sur le développement agricole (ADLI) avait accru la production brute mais peiné à générer des revenus ruraux suffisants et à intégrer les petits agriculteurs aux chaînes de valeur. Les réformes ont priorisé la productivité, la diversification et la résilience climatique.
Les résultats sont saillants. Le pays a atteint l’autosuffisance en blé et est devenu, selon les autorités, le premier producteur de blé d’Afrique pour la campagne 2024/25. La production agricole globale serait passée de 41,7 millions de tonnes à environ 150 millions de tonnes entre 2017/18 et 2024/25. Des cultures de haute valeur comme le riz, les graines oléagineuses, ainsi que l’élevage (lait, œufs, viande) ont connu une croissance rapide. Le programme d’agriculture en grappes, touchant 9,5 millions d’agriculteurs sur 12,8 millions d’hectares, aurait augmenté la productivité de 29 % et les revenus de 18 %. La production de café, principale culture d’exportation, adoublé pour atteindre près d’un million de tonnes, générant environ 2,65 milliards de dollars de recettes en 2024/25.
L’initiative Green Legacy : un levier de productivité et de crédibilité internationale
Lancée en 2019, l’initiative Green Legacy visant à lutter contre la déforestation et l’érosion a permis de planter plus de 48 milliards d’arbres et de réhabiliter 12,5 millions d’hectares de terres. La couverture forestière nationale serait ainsi passée de 17 % à 23 % entre 2019 et 2025. Au-delà de l’impact environnemental évident, cette initiative démontre un lien direct entre protection des sols et performance agricole, notamment pour les cultures de café sensibles aux conditions climatiques. Elle a également renforcé la visibilité diplomatique et environnementale de l’Éthiopie sur la scène internationale.
Redéfinir l’industrialisation : des enclaves vers un écosystème intégré
Le modèle antérieur de parcs industriels, souvent critiqué pour son caractère d’enclave isolée de l’économie nationale, a été repensé. La nouvelle politique industrielle promeut des zones économiques spéciales intégrées, combinant fabrication, logistique et services, avec pour objectif de créer des liens plus forts avec les fournisseurs locaux.
Le nombre d’investisseurs dans ces zones est passé de 36 en 2018 à plus de 200 aujourd’hui, avec une prédominance des investisseurs nationaux (près de 65 %). Cette évolution suggère une montée en puissance du capital privé local, bien que l’impact sur la création d’emplois durables et la complexification de la base industrielle nécessite une évaluation continue. La production orientée vers l’exportation dans ces zones poursuit sa croissance, élargissant modestement la palette des exportations au-delà des produits de base.
Le secteur minier, nouveau moteur des exportations
Historiquement sous-exploité, le secteur minier a été repositionné comme un pilier stratégique. La production d’or a bondi pour atteindre près de 39 tonnes, générant environ 3,5 milliards de dollars de recettes d’exportation en 2024/25, soit plus de 45 % du total des exportations du pays. Cette dépendance nouvelle à un seul minerai, bien que lucrative à court terme, crée une vulnérabilité aux fluctuations des prix internationaux.
Parallèlement, les efforts de sub
