Après avoir navigué pendant trois ans dans les eaux troubles de l’une des pires crises économiques de son histoire, le Pakistan entrevoyait enfin une embellie. En 2023, le pays était au bord de la faillite, avec des réserves de change à des niveaux critiques et une inflation dépassant les 40%, qui grignait le pouvoir d’achat des ménages. Mais un redressement progressif s’est opéré en 2024 et 2025, porté par des politiques budgétaires rigoureuses, le soutien du FMI et d’autres prêteurs multilatéraux, ainsi qu’un flux continu d’envois de fonds de la diaspora.
Une recession économique enfin maîtrisée
Les résultats ont été tangibles. Pour la première fois en 14 ans, le compte courant du Pakistan a basculé dans le vert en 2025, enregistrant un excédent. L’inflation, bien que toujours élevée, a significativement ralenti, offrant un répit aux familles et aux entreprises. La roupie pakistanaise a retrouvé une certaine stabilité. Encouragés par ces signes, les décideurs politiques ont commencé à se projeter au-delà de la simple gestion de crise, explorant des incitations pour les exportateurs et l’investissement privé.
Des indicateurs macroéconomiques au vert
Cette amélioration n’était pas seulement conjoncturelle. Elle reposait sur des ajustements structurels profonds. Selon les données de la Banque centrale du Pakistan (State Bank of Pakistan), les réserves de change ont été reconstituées, couvrant désormais plus de deux mois d’importations. Le déficit budgétaire a été réduit de manière drastique, renforçant la crédibilité du pays auprès des marchés internationaux et des institutions financières.
Le choc de la guerre en Asie occidentale
Cependant, cette stabilité, fragile et chèrement acquise, est mise sous tension par un facteur externe majeur : la guerre en Asie occidentale. En entrant dans son deuxième mois sans perspective de cessez-le-feu, ce conflit a provoqué un choc sur les marchés pétroliers mondiaux et les chaînes d’approvisionnement régionales, exposant les vulnérabilités structurelles de l’économie pakistanaise.
1. La facture énergétique, point de friction critique
Le Pakistan est un importateur net massif de pétrole et de produits raffinés. Une hausse soutenue des prix, au-delà de 100 dollars le baril, pourrait anéantir le modeste excédent du compte courant reconstitué avec difficulté. Les analystes de la banque de financement et de développement du Pakistan (SBP) et de la Banque mondiale alertent : chaque augmentation de 10 dollars du baril alourdit la facture importatrice de plusieurs milliards de dollars. Pour une économie fonctionnant avec des marges de sécurité minces, ce choc externe est potentiellement dévastateur.
2. Les envois de fonds, pilier des finances, sous menace
Les transferts de fonds des travailleurs pakistanais à l’étranger, principalement dans les États du Golfe, représentent plus de 20 milliards de dollars annuellement. Ils sont le deuxième pilier des recettes en devises du pays, après les exportations. La guerre dans la région inquiète doublement :
- Blocage des migrations : Les licenciements dans les secteurs non-pétroliers du Golfe et les restrictions de voyage pourraient priver des centaines de milliers de Pakistanais de leur emploi traditionnel à l’étranger cette année.
- Retours précipités : Une dégradation sécuritaire pourrait inciter les travailleurs déjà sur place à rentrer au pays plus tôt, coupant brutalement le flux de devises.
Une contraction même modeste de ces flux mettrait en péril la capacité du Pakistan à financer ses importations essentielles (énergie, nourriture) et à maintenir ses réserves de change.
3. Compétitivité à l’export et investissements miniers en péril
Les coûts énergétiques plus élevés frappent de plein fouet les secteurs exportateurs traditionnels, déjà soumis à une concurrence féroce. Les textiles et le ciment, qui représentent plus de 50% des exportations de marchandises, sont des industries à forte intensité énergétique et aux marges déjà faibles. Une hausse des tarifs de l’électricité et du carburant réduit leur compétitivité-prix sur les marchés internationaux.
Par ailleurs, le projet minier de Reko Diq (cuivre et or), fleuron des investissements étrangers au Pakistan porté par Barrick Gold, a été officiellement retardé. L’entreprise cite explicitement “les préoccupations de sécurité
