samedi, avril 11, 2026
AfriqueUn homme d’affaires optimiste quant au « Made in Africa »

Un homme d’affaires optimiste quant au « Made in Africa »

Relocaliser la fabrication en Afrique : l’approche pragmatique de NivéSal

L’Afrique ne produit que moins de 2 % de la fabrication mondiale, une statistique qui contraste fortement avec ses immenses ressources naturelles et sa population jeune. Pour Saikat Chowdhury, co-fondateur et directeur général de NivéSal, cette dépendance aux importations est un paradoxe coûteux. « Le continent le plus pauvre du monde paie souvent les prix les plus élevés pour des biens de consommation et des matériaux de construction de base », observe-t-il. Basée à Singapour, son entreprise de conseil en projets d’ingénierie s’est donnée pour mission de changer cette équation en démocratisant la fabrication locale à travers un modèle innovant de « fabrication en boîte ».

Le modèle « fabrication en boîte » : un accompagnement clé en main

Fondée en 2018 avec son épouse Mani, NivéSal propose une solution intégrée pour les entrepreneurs africains qui souhaitent lancer une unité de production. Le service couvre l’ensemble du processus : de la sélection et l’installation des équipements à l’approvisionnement en matières premières, en passant par la formation du personnel local. L’entreprise génère ses revenus en appliquant une marge sur le coût total du projet, un modèle qui aligne ses intérêts avec le succès de ses clients.

Cette approche est née de l’expérience antérieure de Chowdhury chez un négociant singapourien, où il achetait des produits finis en Asie pour les exporter vers l’Afrique. « Mes voyages m’ont donné une compréhension intime des marchés africains, de la demande réelle aux défis logistiques », explique-t-il. Cette connaissance du terrain lui permet aujourd’hui de conseiller ses clients sur les produits à fort potentiel et les pièges à éviter.

Des études de cas concrètes : du savon au Soudan aux tuyaux PVC au Ghana

La pandémie de COVID-19 a agi comme un catalyseur pour NivéSal. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales et l’envolée des coûts du fret ont rendu la production locale non seulement désirable, mais souvent indispensable. Chowdhury cite plusieurs exemples marquants de son intervention.

  • Projet de savon au Soudan : Face à des droits d’importation élevés sur le savon emballé, un importateur cherchait à assembler localement. NivéSal a conçu et installé une usine complète en six mois pour un investissement de 300 000 à 350 000 dollars, en s’approvisionnant en équipements en Chine, en matières premières en Indonésie et en Malaisie, et en emballages à Dubaï. « Le produit était sur le marché à temps pour contourner la taxe », se souvient Chowdhury.
  • Diversification au Ghana : Un entrepreneur du secteur des transports, sans expérience industrielle, a investi 300 000 dollars sur les conseils de NivéSal. Évitant le secteur complexe et concurrentiel de l’agroalimentaire, Chowdhury l’a orienté vers la fabrication de tuyaux en PVC et PPR pour l’agriculture, l’assainissement et l’électricité. L’usine était opérationnelle en six mois et le client a récupéré sa mise en trois mois seulement. Fort de ce succès, il a investi un million de dollars supplémentaires pour lancer une ligne de revêtement de sol en composite pierre-plastique (SPC), dont le coût de production local (environ 4 $/m²) est bien inférieur au prix d’importation (15 $/m²).
  • Le boom des énergies renouvelables en Algérie : La stratégie nationale algérienne visant 15 GW d’énergie solaire d’ici 2035 exige qu’un tiers des composants soient locaux. NivéSal fournit désormais des machines spécialisées, fabriquées au Vietnam et adaptées, pour produire les structures en acier supportant les panneaux solaires.

Démystifier la fabrication : expertise et réalité économique

Un frein majeur identifié par Chowdhury est la perception erronée de la complexité et du coût de la fabrication. Il insiste sur le fait que la plupart des entrepreneurs n’ont pas besoin d’usines géantes. « Les marchés locaux africains ne peuvent pas absorber des volumes massifs. Il faut dimensionner les installations pour la demande réelle, pas pour l’exportation », précise-t-il.

Sa philosophie repose sur un équilibre intelligent entre automatisation

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