Eli Lilly et Insilico Medicine scellent un partenariat de 2,75 milliards de dollars pour la découverte de médicaments par IA
Dans un mouvement qui souligne l’intégration croissante de l’intelligence artificielle (IA) dans l’industrie pharmaceutique, le géant américain Eli Lilly and Company a annoncé lundi un accord de licence mondial d’une valeur potentielle de 2,75 milliards de dollars avec Insilico Medicine, une pionnière de la découverte de médicaments assistée par l’IA basée à Hong Kong. Cette collaboration vise à commercialiser des thérapies innovantes identifiées grâce à la plateforme d’IA générative d’Insilico, marquant une étape majeure dans la course à l’innovation thérapeutique.
Les termes d’un accord transformatif
L’accord prévoit un paiement initial de 115 millions de dollars à Insilico Medicine. Le solde de 2,635 milliards de dollars est conditionné à la réalisation d’objectifs réglementaires, commerciaux et de développement spécifiques pour plusieurs candidats-médicaments, ainsi qu’à des redevances sur les ventes futures. Cette structure à plusieurs étapes, typique des partenariats dans la biotechnologie, répartit le risque et aligne les intérêts des deux parties sur le succès à long terme des produits.
Cette transaction intervient après une collaboration antérieure initiée en 2023 par un accord de licence de logiciel basé sur l’IA. Le succès de cette phase pilote a conduit à une expansion significative du partenariat, intégrant désormais la découverte entière de nouvelles molécules.
Une synergie entre expertise pharmaceutique et puissance algorithmique
Pour Andrew Adams, vice-président du groupe Molecule Discovery chez Lilly, cette alliance représente un complément stratégique puissant. « Cette collaboration nous permet d’explorer de nouveaux mécanismes et d’accélérer l’identification de thérapies prometteuses dans plusieurs domaines de maladies », a-t-il déclaré dans un communiqué. L’approche d’Insilico, qui utilise des réseaux antagonistes génératifs (GAN) et des modèles de langage pour concevoir de nouvelles molécules et prédire leurs propriétés, promet de réduire considérablement les délais de découverte préclinique.
Alex Zhavoronkov, PDG d’Insilico Medicine, a nuancé la répartition des compétences, reconnaissant qu’Eli Lilly excelle dans l’intégration pratique de la biologie, de la chimie et de l’automatisation. « À bien des égards, Lilly est meilleure que nous dans certains domaines de l’IA », a-t-il affirmé, ajoutant que dans le cadre de l’accord, Insilico rejoindra la communauté Gateway Labs de Lilly, un écosystème dédié au développement biotechnologique avancé. Cette intégration opérationnelle vise à fusionner la vitesse de la découverte par IA avec la profondeur de l’expertise clinique et réglementaire de Lilly.
Le contexte stratégique chinois et l’approche globale d’Insilico
Cette annonce s’inscrit dans un contexte de réaffirmation stratégique d’Eli Lilly en Chine. Quelques semaines avant la signature de cet accord, le PDG David A. Ricks participait à un forum de haut niveau à Pékin, et le groupe a annoncé son intention d’investir 3 milliards de dollars en Chine au cours de la prochaine décennie. Il est important de noter que la Chine ne représentait qu’un peu moins de 3 % du chiffre d’affaires de Lilly en 2023, ce qui indique que cet investissement massif vise principalement à capter la croissance future du marché et à accéder à un réservoir de talents et de données cliniques.
Insilico Medicine, quant à elle, mène une stratégie de développement internationalisée. Si sa R&D en IA est principalement basée aux États-Unis (Boston) et au Canada (Toronto), ainsi qu’au Moyen-Orient (Abou Dhabi), ses activités de développement préclinique de médicaments sont largement menées en Chine, notamment à Shanghai et Suzhou. Cette approche permet de tirer parti des capacités de synthèse chimique et des modèles animaux à coût compétitif en Chine, tout en conservant le cœur de sa propriété intellectuelle algorithmique en dehors du territoire chinois, une considération cruciale pour ses partenaires occidentaux.
L’IA comme moteur de réforme de la découverte pharmaceutique
Le partenariat Eli Lilly-Insilico est un cas d’école de la manière dont l’IA générative redéfinit les étapes traditionnelles de la découverte de médicaments. Conventionnellement, l’identification d’un candidat-médicament prenait 4 à 6 ans. Les plateformes comme celle d’Insilico visent à compresser ce délai à 12 à 18 mois en générant des milliards de molécules virtuelles, en les évaluant pour leur adéquation à une cible biologique, leur synthétisabilité et leur profil de sécurité potentiel.
Selon des analyses sectorielles, l’utilisation de l’IA dans la découverte de médicaments pourrait réduire les coûts de phase préclinique de jusqu’à 30 % et augmenter le taux de succès en phase I. Le défi reste la validation clinique, mais le flux continu de candidats issus de l’IA permet de diversifier le portefeuille et d’augmenter les chances de succès global.
Perspectives et implications pour l’industrie
Ce partenariat de près de 3 milliards de dollars, l’un des plus importants jamais signé par une startup d’IA en découverte de médicaments, valide le modèle économique d’Insilico et accélère la tendance des big pharma à externaliser la découverte préclinique vers des spécialistes de l’IA. Pour Eli Lilly, c’est un pari sur l’innovation de rupture pour alimenter son pipeline, déjà très robuste avec des succès récents comme le Zepbound (obésité) et le Kisqali (cancer du sein).
Alors que la concurrence s’intensifie – avec des acteurs comme Recursion Pharmaceuticals, Exscientia ou BenevolentAI – ces alliances deviennent la voie royale pour intégrer l’IA à grande échelle. Leur succès ultime se mesurera non pas en dollars d’acquisition, mais en nombre de nouveaux médicaments approu
