Le Vietnam et la Russie scellent un partenariat énergétique stratégique face aux turbulences mondiales
Dans un contexte de volatilité extrême sur les marchés pétroliers mondiaux, le Vietnam a renforcé ses liens énergétiques avec la Russie par la signature d’une série d’accords majeurs à Moscou. Ces ententes, actées le 26 mai 2024 lors de la visite du Premier ministre vietnamien Pham Minh Chinh, visent à sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays et à relancer un ambitieux programme nucléaire civil, longtemps en suspens.
Un accord-cadre pour relancer le nucléaire vietnamien
L’accord le plus structurant porte sur la construction de la centrale nucléaire de Ninh Thuan 1, dans le sud du Vietnam. Selon les informations rapportées par The Moscow Times, ce cadre juridique engage la société publique russe Rosatom à y installer deux réacteurs d’une puissance totale de 2 400 MW. Alexeï Likhachev, directeur général de Rosatom, a présenté ce projet comme la fondation d’un « partenariat industriel à long terme » destiné à renforcer l’indépendance énergétique de Hanoï et à stimuler sa croissance économique.
Cette relance est significative. Le projet Ninh Thuan 1, initialement attribué à la Russie en 2010, avait été suspendu en 2016 par le Vietnam en raison de préoccupations liées à la sécurité et à la rentabilité économique. Fin 2024, face à une demande énergétique croissante et aux incertitudes géopolitiques, le gouvernement vietnamien a officiellement réactivé son programme nucléaire, sollicitant à nouveau la Russie et le Japon. Le récent retrait du Japon, invoquant un calendrier trop contraint, a laissé le champ libre à Rosatom pour reprendre les rênes de ce projet phare.
Diversification gazière et pétrolière immédiate
Parallèlement au nucléaire, à plus court terme, les deux pays ont consolidé leur coopération dans les hydrocarbures. L’agence TASS a rapporté la signature d’un accord sur l’exploration et la production conjointe de pétrole et de gaz. Plus encore, le géant gazier russe Novatek a conclu un contrat préliminaire pour des livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) vers le Vietnam.
« Nous sommes prêts à commencer les livraisons dans les plus brefs délais », a déclaré Leonid Mikhelson, PDG de Novatek, sans préciser l’identité de son client vietnamien. Cette avancée illustre la volonté de la Russie de diversifier ses exportations d’hydrocarbures vers l’Asie du Sud-Est, notamment après que les États-Unis ont accordé une dérogation temporaire permettant certains achats de pétrole russe.
Un catalyseur : la crise pétrolière liée au conflit au Moyen-Orient
Cette offensive diplomatique et commerciale intervient dans un contexte de crise aiguë pour le Vietnam. L’escalade du conflit au Moyen-Orient a provoqué une perturbation majeure du transit pétrolier par le détroit d’Ormuz, entraînant une flambée des prix intérieurs. Les données officielles indiquent une hausse d’environ 50 % pour l’essence et de 70 % pour le diesel depuis le début des hostilités, pesant lourdement sur l’économie et les ménages vietnamiens.
Dans son communiqué précédant le voyage, le gouvernement vietnamien a clairement indiqué que la priorité de cette visite était d’« approfondir les liens avec la Russie, notamment en termes de coopération énergétique ». Les accords couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur : commerce, exploration, extraction et formation.
Portée géostratégique et défis persistants
Analystes et observateurs soulignent que cette séquence démontre comment la Russie exploite habilement les tensions géopolitiques pour élargir l’empreinte de son expertise énergétique en Asie. Le projet nucléaire, de par son horizon de décennies et son envergure, représente l’élément le plus transformateur, mais aussi le plus complexe.
Pour le Vietnam, la route reste semée d’embûches. La centrale de Ninh Thuan 1 devra répondre aux normes de sûreté nucléaire les plus élevées et à une logique économique viable. Le rapprochement avec Moscou pourrait également susciter des interrogations au sein de partenaires occidentaux, notamment en matière de non-prolifération et de dépendance énergétique.
À plus brève échéance, les livraisons de GNL russe et la coopération pétrolière offrent un ballon d’oxygène bienvenu. Comme le note l’actualité récente, les Philippines s’apprêtent à recevoir une première cargaison de pétrole brut russe depuis cinq ans, signalant une tendance régionale plus large de réorientation des flux énergétiques.
En définitive, la visite de Pham Minh Chinh à Moscou transcende une simple série de contrats. Elle incarne la stratégie d’État vietnamien visant à diversifier ses sources d’approvisionnement dans un monde énergétique fracturé, en combinant une solution de long terme (le nucléaire) avec des réponses immédiates (gaz, pétrole), le tout en nouant un partenariat stratégique avec une puissance disposant de ressources et d’une technologie clé.
