samedi, avril 11, 2026
Asie-PacifiqueL’Ouzbékistan franchit une nouvelle étape dans son parcours vers une centrale nucléaire

L’Ouzbékistan franchit une nouvelle étape dans son parcours vers une centrale nucléaire

L’Ouzbékistan lance la construction de sa première centrale nucléaire

Un jalon historique a été franchi pour le secteur énergétique de l’Ouzbékistan. Le 24 mars 2024, les dirigeants d’Uzatom, l’agence nationale de l’énergie atomique, et de Rosatom, le géant nucléaire russe, ont officiellement donné le coup d’envoi des travaux de construction de la première centrale nucléaire du pays. La cérémonie, marquée par le premier coulage de béton, s’est déroulée sur le site choisi dans le district de Forish, dans la région de Jizzakh, au centre du pays.

« Aujourd’hui est un jour important pour l’avenir de l’Ouzbékistan : nous avons franchi une étape décisive dans la mise en œuvre du programme national de développement de l’énergie nucléaire moderne », a déclaré Azim Ahmedkhodjayev, directeur général d’Uzatom, lors d’une conversation avec la presse. Son homologue de Rosatom, Alexey Likhachev, présent sur place, a quant à lui souligné que les travaux démarraient selon le calendrier prévu.

D’un projet ambitieux à une approche modulaire

Le chemin vers ce chantier a été long et complexe, marqué par plusieurs révisions du projet initial. Tout est parti d’un Accord de coopération nucléaire signé en décembre 2017 entre Tachkent et Moscou. Les premières discussions envisageaient la construction de deux réacteurs à eau pressurisée de technologie VVER-1200, d’une puissance unitaire d’environ 1,2 GW, pour une capacité totale de 2,4 GW.

Cependant, ce plan ambitieux a buté sur des questions de financement et des négociations ardues. Sous l’impulsion de la Russie, qui a fait de ce projet une priorité diplomatique et commerciale, l’accord final a pris une tournure différente. La visite d’État du président Vladimir Poutine en mai 2024 a scellé un nouvel accord, qualifié de « vital » par le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev.

Contrairement aux annonces initiales, le projet finalisé repose sur une configuration hybride et par étapes. Selon les informations confirmées lors de la signature des documents complémentaires en mars 2024 :

  • Phase 1 : Construction de deux petits réacteurs modulaires (SMR) de type RITM-200N, d’une puissance de 55 MW chacun, pour une production totale de 110 MW.
  • Phase 2 (ultérieure) : Ajout de deux réacteurs de plus grande taille, de type VVER-1000, d’une puissance unitaire d’environ 1 GW.

Cette approche modulaire vise à permettre une mise en service plus rapide d’une première capacité de production, tout en gardant la possibilité d’augmenter significativement la puissance totale à l’avenir. Une « feuille de route » détaillant ces étapes, ainsi que les plans de formation du personnel et de développement d’une « ville nucléaire » d’accompagnement, a été signée parallèlement au début des travaux.

Une réponse à une crise énergétique croissante

L’urgence de ce projet s’explique par la situation énergétique de plus en plus tendue de l’Ouzbékistan. La consommation d’électricité du pays a explosé au cours de la dernière décennie, portée par une démographie en forte croissance (plus de 36 millions d’habitants) et par la modernisation industrielle rapide. Le ministère ouzbek de l’Énergie a récemment annoncé un record de consommation quotidienne, avec 267 millions de kWh.

Or, le système de production reste archaïque et fortement dépendant des hydrocarbures. Selon les données de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) pour 2023, le mix électrique ouzbek se compose à :

  • 76% de gaz naturel
  • 11,1% de charbon
  • 9,3% d’hydroélectricité
  • 2,8% de pétrole
  • ~1% de solaire et éolien (en croissance mais encore marginal)

Cette dépendance au gaz crée une double vulnérabilité. D’une part, le pays engage une part importante de sa production gazière dans des obligations d’exportation, notamment vers la Chine. D’autre part, les pénuries de gaz et les pannes d’électricité sont devenues plus fréquentes ces dernières années, notamment en hiver, mettant en lumière la fragilité du réseau.

Un apport espéré mais lointain

Les autorités tablent sur une contribution significative de la centrale de Jizzakh à long terme. Une fois pleinement opérationnelle, l’installation devrait fournir plus de 15% de la demande nationale en électricité, soit environ 16 à 17 milliards de kWh par an.

Cependant, le calendrier de construction laisse entrevoir une mise en service encore lointaine. Selon le planning actuel, la première unité (les deux SMR) devrait atteindre la criticité – c’est-à-dire démarrer la réaction en chaîne – fin 2029 au plus tôt. Ce délai signifie que la centrale ne pourra pas résoudre les problèmes de court ou moyen terme du pays. Elle constitue néanmoins un pilier stratégique pour la décennie suivante, avec pour objectif de diversifier le mix énergétique, réduire la dépendance au gaz et sécuriser l’approvisionnement face à une demande qui ne cesse de croître.

Le lancement des travaux à Forish symbolise ainsi l’engagement de l’Ouzbékistan à entrer dans l’ère de l’énergie nucléaire civile, un choix industriel et politique majeur qui scelle un partenariat renforcé avec la Russie et tente de répondre aux défis énergétiques d’un pays en pleine transformation.

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