Conflit iranien et marchés de l’énergie : l’analyse d’un vétéran du pétrole
Dans le dernier épisode du podcast Beyond the Indus, l’animateur Tushar Shetty reçoit Adi Imsirovic, un négociant pétrolier dont la carrière s’étend sur plus de 35 ans sur les marchés mondiaux de l’énergie. Ancien responsable mondial du pétrole chez Gazprom Marketing and Trading, Imsirovic apporte un éclairage sans précédent sur les conséquences potentielles des tensions autour du détroit d’Ormuz. Son expérience terrain, forgée au cœur des plus grandes crises pétrolières, offre une perspective rare sur les dynamiques actuelles, bien au-delà des simples spéculations financières.
Le détroit d’Ormuz : le choc le plus grave d’une carrière
Adi Imsirovic n’hésite pas à qualifier la perturbation actuelle du détroit d’Ormuz de « choc énergétique le plus grave » de sa longue carrière, estimant même qu’il surpasse en gravité les guerres du Golfe des années 1980. Ce passage stratégique, par lequel transitait environ 20% du pétrole maritime mondial en 2023 selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), représente un point de friction unique. Une fermeture prolongée, même partielle, ne se contenterait pas de faire bondir les prix ; elle provoquerait une dislocation immédiate des chaînes logistiques mondiales, touchant en premier lieu les raffineries asiatiques, particulièrement dépendantes du brut moyen-oriental.
L’angle mort des marchés : assurance P&I et fausses certitudes
L’expert démonte une idée reçue répandue sur les marchés à terme. Contrairement à ce que suggèrent certains indicateurs de prix, la crise n’est pas uniquement une question de offre et demande immédiate. Imsirovic plonge dans les mécanismes obscurs de l’assurance Protection & Indemnity (P&I), le filet de sécurité financier qui permet aux navires de circuler. Une hausse spectaculaire des primes d’assurance pour les traversées à haut risque, ou le retrait pur et simple de certaines zones des couvertures, pourrait paralyser le transport bien avant qu’un baril de pétrole ne manque physiquement. Les marchés, focalisés sur les stocks, sous-estiment ce risque systémique lié à la disponibilité du fret.
Flottes fantômes et contournement de sanctions : un jeu ancien
L’interviewé révèle les pratiques éprouvées permettant à l’Iran – et dans une moindre mesure à la Russie – de maintenir un flux d’exportations malgré les sanctions occidentales. Il détaille l’usage des « flottes fantômes » : des navires souvent vieillissants, battant pavillon de complaisance, changeant de propriétaires fictifs et éteignant leurs transpondeurs pour effectuer des transferts de pétrole en haute mer (ship-to-ship transfers).
